Alimentation
Les nouilles chinoises nouveau lien social
14 décembre 2015

L’INRA a mené l’enquête auprès d’enfants sur leur alimentation quotidienne. Cette étude met en avant que leurs goûts et leurs représentations sont influencés par l’alimentation et la position sociale de leur famille, mais qu’ils construisent aussi entre pairs une contre-culture dont les nouilles chinoises sont l’emblématique exemple.

Si le steak-frites a encore de beaux jours devant lui, ce sont les nouilles chinoises, nouvelle gourmandise, que l’on mange entre copains à la récréation ou à la sortie des classes de manière plus ou moins secrète, qui ont la cote auprès des enfants. Cette invention entre pairs d’un patrimoine alimentaire favorise les échanges et consolide le lien social. C’est la conclusion surprenante d’une étude de terrain sur « les patrimoines alimentaires enfantins » de l’INRA de Versailles-Grignon. Ils ont interrogé une centaine d’enfants de CM2 et 6e d’un quartier populaire de la périphérie parisienne. L’enquête, difficilement généralisable en l’état, livre quelques éléments sur les habitudes alimentaires des enfants. Pour la majorité d’entre eux le dîner c’est à table entre 19h et 20h et en famille, parfois entre frères et sœurs, sans les parents. Le repas hors de table est rare et concerne essentiellement les enfants des familles les plus favorisées. Les élèves de 6e et ceux des milieux les moins favorisés sont plus assidus à table face au petit écran, affirmant ainsi sa place dominante dans le quotidien des milieux populaires. Mettre la table, faire la cuisine ou la vaisselle n’a pas le même sens pour toutes les familles, passant des corvées pour certains à un apprentissage ludique et éducatif pour d’autres.

Dans l’assiette

Si les plats typiquement français sont largement plébiscités par les enfants de familles populaires comme ceux de la petite classe moyenne d’immigration ancienne, les enfants d’ouvriers d’immigration plus récente préfèrent quant à eux les plats traditionnels de leur pays, manifestant ainsi leur adhésion aux valeurs familiales. À l’opposé, les enfants des milieux les plus favorisés se prononcent pour des plats plus raffinés et/ou diététiques. Les enfants vont même jusqu’à reproduire les valeurs familiales dans le vocabulaire utilisé pour décrire le dîner, évoquant, pour les premiers, les aliments sous leur forme cuisinée tandis que les autres tendent à décrire une liste de produits traduisant ainsi les recommandations nutritionnelles que leurs parents mettent en œuvre. Si la consommation de sodas est plus forte en milieu populaire ou migrant, pour des raisons différentes, elle est significativement liée au sexe et traduit le poids des représentations sociales : minceur féminine versus virilité masculine.