Contribution programmes
Les langues, composante fondamentale du projet éducatif :
22 septembre 2013

Françoise Leclaire plaide pour une éducation à la pluralité́ linguistique et culturelle qui s’articulerait au développement de la langue majeure de scolarisation

En ces temps caractérisés par le creusement des inégalités, le délitement des liens sociaux, l’exaspération des xénophobies de tous bords, l’école se trouve confrontée à bien des défis. Et c’est à cela que la refondation doit nous aider à répondre.

Soyons réalistes : l’école ne peut pas tout. Elle ne peut de son seul fait gommer toutes les inégalités sociales. Pourtant, il nous faut garder à l’esprit que la majorité des luttes sociales du dernier demi-siècle (mouvement ouvrier, féminisme) n’ont pas été uniquement des luttes pour des gains matériels mais bien des luttes pour la reconnaissance. Reconnaissance de ses identités, reconnaissance de ses différences. Or, un des marqueurs forts de ces identités plurielles est la/les langue(s). Ainsi «  quand l’école rejette la langue de l’enfant, elle rejette l’enfant (1) ». Ce qui vaut pour les enfants de migrants vaut aussi pour les enfants des classes populaires. Car le vécu linguistique et culturel familial est le terreau de leur apprentissage et c’est sur cette base qu’il faut apprendre à bâtir.

Bien que la variation soit constitutive de toute langue, l’enseignement repose plus sur les aspects normatifs que sur ce qui relève de la variation interne. Que ce soit en français langue de scolarisation ou en langue étrangère, ni les variations internes à chaque langue, ni la diversité des répertoires langagiers ne sont utilisés comme ressource : les variétés –souvent minorées– dont les enfants sont porteurs ne constituent pas un levier pour l’enrichissement du répertoire langagier. La prise en compte de cette diversité s’avère pourtant essentielle pour les apprentissages, comme l’indique le rapport de l’Inspection Générale de 2009, (2) mais aussi pour la formation générale et le développement personnel et l’ouverture aux autres...

Diverses démarches peuvent, et ce dès les premières années de la scolarisation, contribuer à la mise en place réaliste d’une « éducation à la pluralité́ linguistique et culturelle » qui s’articulerait au développement de la langue majeure de scolarisation. Elles sont regroupées sous la dénomination “Approches plurielles des langues et des cultures” (3). Elles permettent de reconnaître, légitimer et valoriser les compétences et identités linguistiques et culturelles de chacun, développer l’intérêt et l’ouverture des élèves pour de la diversité, de favoriser, en développant les capacités d’analyse et d’observations des langues, l’aptitude à les apprendre, y compris la langue de scolarisation.

En prenant appui sur le « déjà-là » des enfants, en favorisant la reconnaissance linguistique et culturelle des parents, elles sont de nature à favoriser la création d’un lien réel entre l’école et la famille et peuvent être une des mesures de lutte contre l’échec scolaire.1 Mais il faut pour cela que les Instructions Officielles sortent d’une vision cloisonnée et cloisonnante des apprentissages langagiers (oraux ou écrits) et prônent les approches comparatives. Nier les langues et cultures familiales, c’est renoncer à construire un vivre et un agir ensemble pour une société solidaire. C’est un choix qui nous engage tous…

(1) Jim Cummins : sociolinguiste, Université de Toronto
(2) http://media.education.gouv.fr/file... p116-120
(3) voir pour la mise en œuvre de ces Approches : Langues du monde au quotidien, SCEREN, Coord. M. Kervran ; Eveil au langage et ouverture aux langues (EOLE) : http://www.ciip.ch/


Lire aussi :
- F.Leclaire : montrer que la diversité c’est la norme

Voir :
- une interview à l’université d’automne du SNUipp