Dossier " Professeur des écoles : un portrait à retoucher "
« Les différences persistent »
17 juin 2014

Catherine Moisan a été Inspectrice générale de l’Éducation nationale. Elle pilote maintenant la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). Elle a supervisé la rédaction du « Bilan social 2012-2013 ».

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- Quels sont l’objet et l’objectif du bilan social ?

  • Le bilan social est légal et règlementaire. Il s’impose annuellement à toutes les entreprises mais aussi à la fonction publique qui doivent établir un bilan social concernant leurs personnels. Il s’agit de rendre compte aux personnels d’un état des lieux du point de vue des effectifs, de la formation, des congés, de la mobilité, du recrutement, des rémunérations… C’est aussi un document de référence intéressant pour les décideurs.

- Y-a-t il des spécificités des enseignants du premier degré parmi les enseignants en général ?

  • Oui, la première c’est que les enseignants du premier degré sont à 81 % des femmes, beaucoup plus que dans le second degré où elles ne sont que 58%. La deuxième caractéristique, c’est qu’ils sont un peu plus jeunes que leurs collègues des collèges et lycées. On peut aussi noter qu’ils sont maintenant presque tous professeurs d’école puisqu’il ne reste qu’environ 7000 instituteurs sur les 334 587 enseignants du premier degré.

- Les enseignants du premier degré sont aussi les moins payés. Comment l’expliquer ?

  • En effet, le salaire net mensuel moyen dans le premier degré est de 2200 € alors qu’il est de 2700 € dans le 2nd degré. Mais cette différence prend en compte les agrégés qui ne sont pas dans le même corps et qui n’ont pas la même échelle de rémunération. Pourtant les différences persistent si on compare les certifiés et les professeurs d’école qui ont pourtant la même grille indiciaire : 2570 € pour les premiers et 2200 € pour les seconds. Cet écart s’explique principalement par les primes et les heures supplémentaires qui représentent 5 % du salaire brut des PE et 14 % de celui des certifiés. Les certifiés ont des heures sup et les PE n’en ont pas. La différence vient aussi du fait que les PE sont un peu plus jeunes que les certifiés et qu’il y a des différences de rémunération importantes en fonction de l’âge. Enfin, en matière de promotion, le pourcentage de promus à la hors classe par rapport aux promouvables est plus faible chez les PE.

- Le bilan note une augmentation des congés maladie chez les enseignants. Comment l’interpréter ?

  • Il faut faire attention aux modes de calcul qui ont un petit peu changé entre les derniers bilans sociaux. On est plutôt sur une stabilité de la prise de congé maladie ordinaire. Les enseignants ne sont pas plus malades que les autres. Les PE prennent plus de congés parce que ce sont des femmes et qu’il y a donc plus de congés maternité.

- Le manque d’attractivité du métier perceptible après le concours PE s’inscrit-il comme une tendance ?

  • Cette question est très importante mais doit être nuancée et observée du point de vue national et régional. Entre 2003 et 2011 le nombre de places aux concours externes est passé de 12 000 à 3100 mais cette baisse d’offre de postes devenait dissuasive et le nombre de présents au concours diminuait également : 66 000 en 2003 et 18 000 en 2011. De fait, le taux d’attractivité restait stable avec à peu près 5 ou 6 présents pour une place. En 2013 le nombre de postes offerts est remonté à 8400 mais le nombre de présents a subi un effet retard. Avec 20 400 présents, il a augmenté légèrement mais pas à la hauteur des besoins. Le taux d’attractivité est passé à 2,4 ce qui est dangereux. Il faut donc réamorcer la pompe.

- Le métier ne fait plus envie ?

  • On recrute davantage de professeurs d’école et le taux de couverture est de 96 % c’est à dire qu’il y 4 % des postes non pourvus. Mais géographiquement les résultats sont très discriminés. Le métier reste très attractif dans certaines régions. Il y a des académies comme Rennes, Bordeaux où il n’y a pas de problème pour recruter des PE. Par contre sur l’Île-de-France, le taux de couverture est à 91 %. Sur Paris, Créteil, Versailles le nombre de présents au concours reste stable et faible à 3 500 alors que les postes offerts sont passés de 1 100 en 2011 à 2 600 en 2013. C’est très curieux car l’Île-de-France est le plus grand pourvoyeur d’étudiants au niveau master. Et ce n’est pas forcément lié aux conditions d’exercice du métier car Paris peine aussi à recruter. La situation est problématique et elle est amplifiée par les questions de mobilité. C’est un phénomène qui reste à expliquer.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- PE : un métier à réhabiliter
- Portrait de PE : profil haut et bas
- Rapports hiérarchiques inspection à revoir
- Rémunérations inégalités à tous les étages
- en BREF
- Chrono : Jamais autant de temps
- « Les différences persistent »