Dossier : "Enseigner : l’école ramène sa science"
Lecture :: du labo à la classe
19 mars 2014

Les apports des neurosciences sont-ils à même de déterminer les meilleures méthodes d’apprentissages notamment en ce qui concerne la lecture ? Deux recherches apportent des réponses contradictoires à cette question.

Selon Stanislas Dehaene, professeur de psychologie expérimentale au Collège de France, l’enseignement de la lecture est une science. Dans une tribune du Monde de décembre, le neuroscientifique fustige l’Éducation nationale qui laisse aux enseignants le choix de méthodes et de manuels « inappropriés ». Selon lui, « seul l’enseignement explicite du décodage graphophonologique est vraiment efficace » et, en conséquence toutes les méthodes mixtes « où l’enfant passe un temps considérable à des exercices de lecture globale et de devinettes de mots qu’il n’a jamais appris à décoder » devraient être bannies des salles de classe. A l’appui de sa démonstration, le chercheur cite ses travaux basés sur l’imagerie cérébrale : « l’attention globale canalise l’apprentissage vers une aire cérébrale inappropriée de l’hémisphère droit et entrave le circuit efficace de lecture ». Il convoque également une enquête réalisée par des sociologues de l’université de Versailles sous la direction de Jérôme Deauviau. Cette étude, publiée en novembre compare les résultats en déchiffrage et compréhension obtenus par les élèves de 23 classes de CP utilisant pour moitié une méthode purement syllabique et pour moitié une méthode mixte. Si l’enquête reconnaît que le code est enseigné partout, elle conclut cependant que « ce sont les classes dans lesquelles l’apprentissage est résolument centré sur le déchiffrage, considéré comme la clé de l’accès au sens, et […]où l’élève [peut] déchiffrer de façon autonome tout ce qu’on lui propose à lire, sans recours à la lecture devinette, qui obtiennent des résultats dont la supériorité est statistiquement bien établie. » Une étude contestée du point de vue méthodologique par Roland Goigoux qui la juge donc invalide. L’universitaire qui pilote lui-même une étude (lire l’entretien) cite d’ailleurs une recherche de 2010- 2011 montrant selon lui qu’il est difficile d’établir la supériorité d’une approche de l’apprentissage de la lecture sur une autre. Réalisée par le psychologue Edouard Gentaz du CNRS, cette étude de grande ampleur (40 classes test et 40 classes témoin) cherchait à mesurer les effets d’un entraînement cognitif chez des élèves de CP en utilisant la logique et certains éléments du programme « PARLER ». L’enseignement explicite et structuré du déchiffrage qui était notamment proposé aux élèves s’est révélé selon l’IGEN sans effet puisque l’étude conclue à l’absence de « différence significative entre le groupe test et le groupe témoin ». Du labo à la classe, le chemin ne semble donc pas si direct.