Dossier "Manuels scolaires : Les mettre à la page"
Lectorino et Lectorinette : Un outil irrigué par la pratique quotidienne
13 octobre 2014

Dans le Puy-de-Dôme, Frédéric Gilbert a participé à l’élaboration du manuel Lectorino et Lectorinette en expérimentant des séances dans sa classe. Une expérience basée sur le principe de l’échange entre la théorie et la pratique.

Frédéric Gilbert enseigne en CE1-CE2 dans la petite commune de Chanat-la-Mouteyre. Pendant 2 ans il a collaboré, avec d’autres enseignants du département du Puy de Dôme, à l’élaboration du manuel Lectorino et Lectorinette, conçu par Sylvie Cèbe et Roland Goigoux. Les deux chercheurs, convaincus des bien-fondés d’une « conception continuée dans l’usage d’instruments didactiques » ont ainsi invité des maîtres et maîtresses à expérimenter des outils dans leur classe.

Partir des pratiques quotidiennes de classe

Aujourd’hui, Frédéric utilise toujours Lectorino et Lectorinette, « un manuel qui aborde toutes les compétences en lecture à partir de textes complexes et intégraux ». Cependant, ayant un cours double « je fais du Lectorino et Lectorinette avec d’autres textes pour ne pas faire la même chose deux années de suite  » explique-t-il. Mais la démarche reste la même. « Faire du Lectorino et Lectorinette » c’est rendre l’enseignement explicite, « aider les élèves à lire de façon plus fluide », travailler sur les inférences et le lexique... Autant d’activités « qui marchent bien  » parce qu’elles sont directement issues des pratiques quotidiennes de classe souligne Frédéric. Comme ce petit jeu de lexique entre les élèves et le maître, qui consiste à essayer de « placer » un mot dans la discussion de classe. « Ça fait travailler le lexique en contexte. C’est très efficace » souligne Frédéric. Mais c’est aussi une manière pour Sylvie Cèbe et Roland Goigoux « de faire des outils proches des pratiques des enseignants afin qu’ils deviennent utilisables par le plus grand nombre ».

Partir de la pratique de classe pour concevoir des outils utilisables par le plus grand nombre.

Un aller-retour avec la recherche

En se déplaçant dans les classes pour observer les enseignants travailler, les deux chercheurs ont ainsi pu identifier des pratiques communes en lecture. « Le lexique par exemple, est travaillé dans toutes les classes parce qu’il pose problème en compréhension. Mais la mémorisation n’est souvent pas assez travaillée  » explique Frédéric. « Ils proposent donc de travailler le lexique, comme ça se fait dans les classes, mais en améliorant les phases de mémorisation afin de rendre les élèves acteurs de cet apprentissage ». C’est à partir de ces éléments, que Sylvie Cèbe et Roland Goigoux ont commencé à construire leurs outils, en en parlant avec les enseignants et en leur demandant de les tester dans leur classe. Après la classe, une discussion s’engageait avec les chercheurs sur « ce qui avait marché, ce qui n’avait pas marché et ce qui pouvait évoluer » indique Frédéric. « Au début, certaines séances étaient trop longues par exemple ou des outils trop lourds. Il a fallu redécouper les séances ou alléger des phases pour les rendre plus dynamiques » relève l’enseignant qui précise que si « c’est un outil clé en main, extrêmement précis qu’on peut suivre au pied de la lettre  », c’est aussi un manuel « qui a fait bouger ma pratique pédagogique. »

Implicite

Vecteur d’inégalités

« Les manuels sont-ils facteurs d’inégalités ? » C’est la question que se pose Stéphane Bonnery, chercheur en sciences de l’éducation à Paris 8 dans un appel à contribution sur ce thème. Selon lui les outils pédagogiques font appel à « une activité mentale de construction d’un « texte » qui n’est pas donné initialement ». Il prend en exemple les manuels de sciences ou d’histoire du primaire qui proposent « une multiplicité de documents hétérogènes grâce auxquels la classe est supposée construire un savoir conceptuel » Considérer leur usage comme « transparent et allant de soi » serait de nature à mettre en difficulté les élèves les moins familiarisés socialement avec les codes de l’écrit.

Stéréotypes sexués

Les manuels ont mauvais genre

Un rapport présenté en juillet dernier au Sénat estime que les femmes sont moins présentes dans les manuels scolaires ou sont reléguées à des postes subalternes. S’il note des « évolutions incontestables » le rapport alerte sur la nécessité d’appréhender et de déconstruire ces stéréotypes « dès la maternelle ». Il préconise notamment la mise en place d’un palmarès des manuels exemplaires en terme d’égalité entre les filles et les garçons ou encore la nomination d’experts sensibilisés à la question au sein du Conseil supérieur des programmes.

Édition scolaire

Chiffres en baisse

L’édition scolaire a enregistré en 2013 un chiffre d’affaire de 372,4 millions d’euros, et 12,6 % des ventes de livres. Selon le syndicat national de l’édition, le secteur a connu « une période très difficile en l’absence de réformes scolaires ». Après une baisse de 4 % des ventes en valeur en 2012, le recul est de 13,1 % en 2013. Les secteurs préscolaire et primaire reculent de 3,4 % en valeur mais les ventes de livres de pédagogie et de formation des enseignants permettent de limiter cette baisse. Les éditeurs prévoient une nouvelle année difficile en 2014.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Le coût des outils pédagogiques
- Au rapport : Un usage paradoxal
- Trois questions à Sylvie Milochevitch, directrice éditoriale du secteur scolaire primaire aux éditions Hatier : « Tenir compte des différentes pratiques des enseignants »
- Lectorino et Lectorinette : Un outil irrigué par la pratique quotidienne
- Échanges professionnels : Parler manuels, c’est parler métier
- Entretetien avec Éric Bruillard, Professeur d’informatique à l’ENS : « Le numérique peut faciliter les échanges de ressources »