Interview
« Le plus de maîtres c’est une nouvelle culture »
12 juin 2017

Trois questions à Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP) sur un dispositif prometteur.

Qu’apporte le Plus de maîtres dans les écoles en éducation prioritaire ?

Dès 1982, puis en 1990, il y avait déjà eu des postes supplémentaires en ZEP pour abaisser les effectifs des classes ou mener une « petite politique de cycle » avec des décloisonnements. En 2006 ce furent des référents dans les réseaux pour permettre de la co-intervention. La demande a été reprise à la concertation nationale de l’été 2012, pour continuer cette refondation pédagogique qui permet une approche plus précise de la prévention et un traitement des difficultés, des remédiations didactiques et pédagogiques dans le cadre collectif du métier, au sein des cycles et avec des interventions dans les classes. Le « Plus de maîtres » est récent, une évaluation du dispositif n’est pas encore possible. Mais le retour de l’ensemble de la profession sur le terrain est favorable. C’est une nouvelle culture : on prépare, on intervient et on fait le retour ensemble.

Que permettraient des effectifs allégés en CP ?

Le gouvernement veut accorder des moyens supplémentaires à l’éducation prioritaire et au cycle des apprentissages fondamentaux et c’est une très bonne chose car c’est là que tout se joue. Mais il ne faudra pas oublier la maternelle. Diminuer les effectifs, est-ce suffisant ? Non, c’est une première étape. Il faut aussi une transformation des pratiques dans le sens de plus de collectif. 12 élèves, c’est trop faible selon moi. Autour de 15 élèves, ce serait bien pour créer une dynamique de classe suffisante pour échanger, constituer des groupes... Il ne faut plus raisonner en formes scolaires traditionnelles de classe mais raisonner en cycles. Une politique de cycle qui s’ajuste à ce que font les élèves dans l’école. La classe correspond à des financements mais pas à une pratique pédagogique.

Comment conjuguer les deux mesures ?

Le président de la République a parlé de l’éducation prioritaire mais aussi de l’autonomie des écoles et des établissements. Il faut tenir compte de l’expertise des enseignants dans leur école. L’idée serait d’attribuer des postes à l’école, un ou deux moyens supplémentaires pour le cycle 2. Ce sont les collègues, les conseils de cycle et les conseils des maîtres qui décident de les utiliser comme Plus de maîtres ou pour faire un CP à 12 ou les deux suivant les moments de la semaine. Tout cela ne doit pas se décider Rue de Grenelle et il faut respecter l’autonomie pédagogique.

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