« Le numérique : un levier plutôt qu’un outil qui sépare »
10 octobre 2016

Trois questions à Fiona Soler Harroche, chargée de mission nationale « Accompagnement individualisé » à l’AFEV, l’association de la fondation étudiante pour la ville.

« Le numérique contre les inégalités » : pourquoi ce thème pour votre journée nationale ?

En 2015, une étude faite pour Emmaüs analysait les pratiques numériques des jeunes en insertion professionnelle. On s’est aperçu que ces jeunes, qui ne comptent pas les plus favorisés, étaient très connectés et équipés. L’occasion de montrer que contrairement à ce que certains disent, il n’y a pas de « digital natives » rompus aux nouvelles technologies dès leur plus jeune âge. La majorité des gens sont connectés, mais de façon différente et avec des pratiques spécifiques. L’idée nous est venue d’un numérique qui n’exclue pas mais au contraire participe de la lutte contre les inégalités.

Que vous a appris l’enquête que vous avez menée sur les collégiens et le numérique ?

Elle portait sur 548 collégiens accompagnés par l’AFEV tous scolarisés dans des établissements de l’éducation prioritaire. Les trois quarts d’entre eux ont révélé être inscrits sur des réseaux sociaux, ce qui est d’autant plus surprenant que 60 % du panel étaient âgés de moins de 13 ans, donc en principe, trop jeunes pour s’inscrire. En termes d’équipement, 87 % d’entre eux ont un ordinateur, 80 % une tablette et 86 % un smartphone dont les deux tiers disposant d’une connexion wifi. Hormis les réseaux sociaux, les collégiens utilisent prioritairement le numérique pour des pratiques loisirs : musique et vidéo mais ils sont quand même 60 % à s’en servir pour des recherches scolaires dont 42 % à utiliser Wikipédia.

Quels enseignements en tirez-vous pour les actions que vous menez auprès des élèves ?

En connaissant mieux l’utilisation du numérique, nous avons le projet d’en tirer le maximum et le plus profitable pour les élèves. On se rend compte qu’il n’y a pas que les enfants qu’il faut assister soutenir mais aussi leurs parents. Par exemple nombre d’entre eux ont besoin d’être accompagnés pour se réapproprier et d’utiliser pleinement le logiciel Pronote pour suivre leurs enfants. Nos bénévoles qui accompagnent les enfants à domicile les aident aussi dans l’utilisation du numérique. L’idée est de faire d’Internet un levier de lutte contre les inégalités scolaires plutôt qu’un outil qui sépare les renforce, en mettant l’accent sur les bonnes pratiques.