Rapport
Le (non) remplacement sur la sellette
29 mai 2012

Le rapport de la Dgesco sur le remplacement des enseignants absents montre que le potentiel de remplacement va en diminuant et est fortement impacté par les mesures sur l’emploi et la formation notamment.

« Le remplacement des enseignants absents », ce rapport de la Dgesco (Direction générale de l’enseignement scolaire) datant de juin 2011 fait partie des 17 textes mis en ligne par le ministère la semaine dernière. La question du remplacement est sensible, ou plutôt c’est celle du non-remplacement des enseignants absents pour cause de maladie, de congés maternité voire de stage de formation. Elle avait notamment fait l’objet d’une campagne de la FCPE en 2011 et reste régulièrement dénoncée par les syndicats, le SNUipp-FSU en tête, qui y voient en premier lieu un des effets de la politique de l’emploi dans l’Education nationale qui a conduit à la réduction de 80 000 postes ces cinq dernières années. Le rapport note une hausse sensible des absences dans le primaire passées de 5 496 000 journées en 2008-2009 à 5 570 000 journées l’année scolaire suivante. « L’importance du taux de féminisation croissant caractérise le volume des absences dans le premier degré », explique-t-il.

Des données impossibles à évaluer

Toutefois, pour le primaire, le texte de la Dgesco explique tout simplement que pour ce qui est du taux d’absence, « le mode de calcul ne reflète pas la réalité », chacun ayant ses propres critères, la Dgesco d’un coté, les académies de l’autre. La situation moyenne nationale cache d’énormes disparités selon les départements. Ainsi, écrivent les rapporteurs pour illustrer « le manque de fiabilité » des données : l’IA de Seine-Saint-Denis estimait en 2009 son taux d’absence à 5,5% quand la Direction générale de l’éducation nationale l’évaluait à 8,27%... Les besoins en remplacements sont d’autant plus difficiles à estimer que l’indicateur ne prend pas en compte les absences liées aux stages de formation continue ou aux autorisations exceptionnelles d’absence qui représenteraient près de 10 % du total des absences.

Moins de remplaçants dès 2012

Selon le texte de la Dgesco, « cet état de fait souligne l’extrême fragilité, tant des indicateurs nationaux que des données locales ». Elle préconise notamment « de définir un indicateur partagé entre les directions du ministère et les académies sur le taux d’absence ». Pourtant, “chiffres à l’appui”, le rapport souligne qu’entre 2005 et 2010 le nombre d’emplois équivalents temps plein « n’a cessé de croître » pour atteindre le nombre 31 250 ETP en 2011. Mais ce chiffre intègre les surnombres (personnels ayant choisi de reporter leur âge de départ à la retraite pour éviter les effets de la décote après la réforme des retraites), ainsi que 5 220 stagiaires mis à disposition par la réforme de la formation. Le potentiel s’est donc accru mais de manière artificielle ou du moins temporaire. En effet, les « surnombres » devraient progressivement disparaître, pour la plupart dès la rentrée 2012, et la disponibilité des stagiaires mise en question par une éventuelle réforme de la formation, réforme figurant dans les engagements du nouveau ministre de l’éducation.

La baisse du potentiel de remplacement

Si elle ne quantifie pas pour le premier degré le nombre de non-remplacements, la Dgesco remarque deux choses. D’une part, il serait judicieux de créer un indice permettant de recenser le nombre d’absences effectivement non remplacées ; indice qu’elle juge « plus exigeant et conforme aux objectifs de continuité du service public » que les seuls indicateurs actuels. D’autre part, elle alerte sur « les pertes dans le potentiel de remplacement ». Elles sont dues par exemple au prélèvement sur le contingent des remplaçants d’enseignants assurant des tâches de décharge de direction, partiellement compensés par les surnombres en voie d’extinction ou à la difficulté de gérer les temps partiels. Mais la Dgesco note aussi qu’il n’est pas rare que se retrouvent en brigade ou en ZIL des « personnels en grande difficulté pour enseigner » les enquêtes menées auprès des inspections d’académie laissant entrevoir un chiffre qui pourrait atteindre 2 000 remplaçants en difficulté. Une conséquence sans doute de la disparition des dispositifs d’accompagnement et de suivi pour ces enseignants en difficulté.

Lire :
- le rapport de l’IGEN