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La tête de son prénom
2 mai 2017

Le choix du prénom aurait une incidence sur les caractéristiques du visage de celui ou celle qui le porte. C’est la conclusion surprenante d’une étude menée par une équipe de psychologues franco-israélienne.

Jason, Félicie, Louna, Tancrède… Chaque début d’année scolaire, l’enseignant qui découvre la liste des élèves de sa classe est guetté par la mauvaise tentation d’établir des projections sur leur comportement, voire même sur leurs aptitudes scolaires…
On sait bien que le choix d’un prénom par une famille est fortement déterminé par son milieu social et culturel mais les chercheurs en psychologie d’une équipe franco-israélienne viennent de pousser le bouchon un peu plus loin dans une étude publiée dans le très sérieux Journal of Personality and Social Psychology. Prend-t-on la tête de son prénom ? Ou autrement dit intégrons-nous les stéréotypes socioculturels liés à notre prénom au point de les restituer au regard des autres par le biais de notre physionomie ? Telle est l’hypothèse qu’ils ont tentée de vérifier scientifiquement.

Soumis à la structuration sociale

Pour ce faire, les chercheurs ont mis en place une série d’expériences. Ils ont proposé à un panel d’étudiants israéliens une série de vingt portraits (dix d’homme, dix de femme), pris de face avec une expression neutre, chacun accompagné de cinq prénoms. Les participants, écoutant leur intuition, devaient associer un visage à un prénom. Résultat : 28 % de réponses justes, au-delà des 20 % de chances données par les probabilités.
Les chercheurs ont ensuite reproduit l’expérience en variant la popularité des prénoms, puis en la proposant à des étudiants français avec des prénoms français et des résultats inchangés. Plus fort encore, l’équipe a conçu un algorithme qui s’est entraîné à différencier, à partir d’un fichier de 94 000 visages et de 28 prénoms, un Laurent d’un Pierre, une Virginie d’une Mathilde. Cet algorithme s’est ensuite révélé capable de choisir entre deux prénoms avec environ 60 % de réussite soit, là aussi, largement au-dessus du simple hasard.
Quels enseignements tirer de cette étude ? Pour leurs auteurs, les stéréotypes liés à un prénom finissent par déteindre sur le visage de celui ou celle qui le porte. « Nous sommes soumis à la structuration sociale dès notre naissance, non seulement par notre genre, nos origines ethniques et notre statut économique, mais aussi par le simple choix que d’autres font en nous nommant », estiment-ils. Une conclusion quelque peu déprimante que Bourdieu n’aurait pas reniée. Et qui risque de plonger nombre de parents dans des affres de perplexité au moment de choisir pour leur tout-petit entre Pénélope, Marine, Donald ou Vladimir.