Passerelles
La liaison CM2-6e, ça conte !
9 avril 2014

Des élèves de CM2-6e réalisent des contes.

A Maurice de Seyne, une école classée en éducation prioritaire de Dammarie-lès- Lys (77), Fanny Gauthier la maîtresse du CM2 cherchait depuis plusieurs années à monter un projet de liaison avec le collège de secteur. Alors quand Pauline Guilio, toute nouvelle professeure de français au collège Robert Doisneau lui a téléphoné pour en savoir plus, elle a sauté sur l’occasion. Elles se sont rencontrées très vite et ont choisi l’écriture de conte, pour que les 26 élèves du CM2 et les 25 de la 6e 2, plus quatre enfants en intégration « ULIS » travaillent ensemble. « Quelque chose de modeste », préviennent d’emblée les deux jeunes femmes, « mais il faut bien commencer par quelque chose et c’est un domaine qui se prête assez bien, d’un point de vue didactique, à ce genre de projet ». Chacune a étudié le schéma narratif et la structure du conte dans sa classe pour que la base du travail d’écriture collective soit commune et les séances ont pu démarrer : une fois au collège, une fois à l’école.

Un projet collaboratif

Dix groupes hétérogènes de cinq élèves, composés d’écoliers et de collégiens se sont accordés sur les différents éléments de leurs récits, puis sont passés à la rédaction proprement dite. Il a fallu jongler avec les emplois du temps « échanger des heures de cours avec mon collègue de maths » confie Pauline, « une autre prof de lettres s’est associée, sur son temps libre, pour l’encadrement des groupes, ainsi que Nora, la coordonnatrice de l’ULIS » ajoute-t-elle. Nathalie, l’enseignante « plus de maîtres que de classes » de l’école est aussi de la partie, ainsi que la prof d’arts plastiques qui s’est lancée dans la confection d’images pop-up avec les élèves. Dans le cadre des APC cette fois, ce sont les couvertures des contes qui ont été illustrées puis, B2i oblige, on est passé à la frappe et au traitement de texte pour chaque histoire. « Les enfants étaient fiers, enthousiastes, de participer à un tel projet dans la durée » sourit Fanny. « Si dans les groupes, les 6es dynamisaient les échanges, l’initiative était partagée et tout le monde s’impliquait, produisait, même les élèves les plus en difficulté. » complète Pauline.

Rapprocher des univers éloignés

Mais l’objectif n’est pas que scolaire, soulignent-elles toutes deux. Il s’agit aussi de « démythifier ce saut dans l’inconnu que peut représenter l’entrée au collège » confie Fanny, «  car c’est quand même une appréhension pour tous. Là, ils accèdent à un nouveau monde, y retrouvent d’anciens camarades de l’école et fréquentent avant l’heure ce personnage un peu mystérieux... le prof . » Pour elles aussi, c’est un nouveau point de vue sur ce qui se passe en face. « La façon dont tu travailles est différente de la mienne, ça m’ouvre des perspectives dans ma propre pratique » remarque Pauline qui, comme sa collègue, est dans l’attente de la mise en place du fameux Conseil école-collège. Mais il faudrait pouvoir dépasser ce qu’il y a d’un peu administratif et institutionnel dans ce qui existe aujourd’hui, pour aller vers plus d’échange, de croisement dans les cultures professionnelles. D’ailleurs, c’est surtout du nouveau cycle III, qu’elles attendent beaucoup. « Ça, ça va changer les choses. On pourra vraiment travailler ensemble, en conseil de cycle par exemple, commencer une forme d’harmonisation de nos pratiques, pourquoi pas ? » espère Fanny. En attendant, les élèves du collège Doisneau se rendront prochainement à l’école pour une lecture des contes imaginés en commun et les CM2 leur rendront la politesse. Et à la fin de l’année, la traditionnelle visite du collège, c’est la 6e 2 qui la conduira.


Trois questions à :

Frédérique Cauchi-Bianchi, IA-IPR de lettres qui conduit une expérimentation de pilotage concerté 1er/2nd degré d’un réseau écoles-collèges dans une circonscription du Var, expérimentation qu’elle avait initiée en binôme avec Patrice Lemoine, IEN de la circonscription.

Pourquoi travailler la liaison école-collège ?

C’est faire que, au-delà de la formule, la « continuité du parcours » devienne une réalité pour tous les élèves. Il y a du sens, à ce que les professeurs du secondaire sachent pourquoi et comment on a pu construire les notions nécessaires aux acquisitions visées au collège et au lycée, tout comme il est important que les professeurs des écoles connaissent et comprennent pourquoi la construction des notions prescrites par leurs programmes engage la réussite à tel ou tel niveau du secondaire. En fait, la rupture que l’on souligne souvent entre l’école et le collège est plurielle. Mais, lorsqu’on écoute les élèves, c’est moins l’organisation qui les déstabilise, que les ruptures de pratiques et de contenus, notamment pour ceux que le hasard de la naissance a éloigné de ce qu’on appelle volontiers les « codes » de l’École. S’il est des ruptures qui initient, qui construisent l’évolution du sujet, il en est qui égarent. En matière de considération de l’être qui existe derrière l’élève, de pratiques pédagogiques, de précision des savoirs transmis, de progressivité et de pertinence des compétences construites, l’école et le collège gagnent à travailler ensemble.

Quelle plus-value peut apporter un objet de travail pédagogique commun ?

C’est le moyen de réfléchir et de maîtriser ensemble un contenu d’enseignement, chacun partageant avec l’autre un savoir et des pratiques, chacun partageant avec l’autre son expérience, ses gestes professionnels et son analyse dans un cadre qui a du sens pour les enseignants, comme pour les élèves. Par ailleurs, ces objets de travail communs et renouvelés entre professeurs d’école et de collège peuvent être aussi une des voies du développement professionnel continu des enseignants.

Ce sera le rôle du futur conseil école-collège ?

Entre pairs, acteurs de la réussite des élèves d’un territoire partagé, les enseignants pourront dans ce cadre déterminer ces objets de travail commun. Ils pourront aussi bénéficier de l’aide d’experts des domaines concernés. Ils pourront se fixer des objectifs cohérents et partagés, se donner les moyens d’analyser ensemble, tout au long du parcours, pour rectifier, faire évoluer, adapter, ce qu’ils auront conçu et voulu ensemble.