Dossier "Lecture | Apprendre à comprendre"
La lecture en panne de sens
4 avril 2016

Les recherches confirment que ce sont les compétences liées à la compréhension qui sont les moins développées et réparties de manière plus inégalitaire chez les élèves français.

Les constats sont convergents. Qu’on mesure les compétences en lecture des élèves français à la fin de l’école primaire ou à la fin de la scolarité obligatoire, la tendance générale est à la baisse. Pour Thierry Rocher, chef du bureau de l’évaluation des élèves à la Depp, il y a depuis les années 2000 « une dégradation des compétences en lecture en fin de collège où 15 à 20 % des élèves ont des faiblesses ». Les difficultés ne se situent pas au niveau du code, car les élèves de CP ont progressé sur les mécanismes de base, mais davantage au niveau de la compréhension et dans les compétences langagières de haut niveau.

Selon l’enquête CEDRE [4] conduite au CM2, 40% des élèves n’atteignaient pas en 2009 les objectifs de maîtrise de la langue fixés par les programmes. Dans l’enquête PIRLS [5], les CM1 français sont en deçà de la moyenne européenne et, s’ils s’en sortent dans la lecture de textes narratifs, ils ont plus de difficulté à comprendre les textes informatifs ou à repérer des inférences complexes. Un peu plus tard, vers 15 ans, les résultats de CEDRE 3e et de PISA [6] concordent également : les jeunes Français se situent dans la moyenne en lecture mais 20% d’entre eux sont en difficulté. Plus grave, le système français apparait très inéquitable puisque le lien y est très fort entre les performances et l’origine sociale et que les écarts se creusent entre les plus faibles et les plus forts.

À cela s’ajoutent des inégalités filles-garçons, avec plus de garçons en difficulté de lecture et des inégalités géographiques, confirmées par les tests effectués pendant la journée de citoyenneté. Le tableau n’est pas riant et se noircit encore quand on examine les résultats à des tests de lecture sur écran. L’espoir d’un univers numérique plus égalitaire et facilitant la compréhension est à réviser. De récentes recherches montrent en effet qu’il y a une fracture à l’école entre une moitié des élèves qui maîtrisent la lecture-navigation et les autres pour lesquels ces compétences sont fragiles. Et les inégalités sociales perdurent dans la lecture numérique.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- La lecture en panne de sens
- « Apprendre à lire le discours des disciplines » - 3 questions à Martine Jaubert, Professeure en sciences du langage et didactique du français, à l’Espé d’Aquitaine – Université de Bordeaux
- Travail en équipe à Châteauroux (36)
- Projet lecture à Alençon (61)
- « Un enseignement explicite de stratégies » - Entretien avec Maryse Bianco, maître de conférences en sciences de l’éducation