Journalistes en herbe
La joie des mots, le choix des photos
28 août 2014
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Écriture littéraire et photoreportage, pour des «  écrivains-reporters en herbe.  »

Dans la petite école de Peyrole (tarn), les élèves des deux classes de cycle III, après avoir décrypté tout au long de l’année les subtilités de l’écriture littéraire et du photoreportage, se sont mués en «  écrivains-reporters en herbe. »

Voilà un reportage que le rédacteur a tout intérêt à rédiger dans une langue ciselée avec soin, sans parler du choix de la photographie qui sans nul doute sera commenté et critiqué par les 23 «  écrivains-reporters en herbe  » du Cm1-Cm2 de Peyrole (81). les élèves de Danielle Leclair sont en effet passés maîtres dans la collecte d’informations et d’événements susceptibles d’accrocher le lecteur, le choix des mots pour les retranscrire, les techniques de prise de vue et la sélection des images les plus pertinentes et les plus évocatrices pour illustrer leurs papiers. Avec dix autres classes de cycle III du département, ils se sont engagés durant l’année dans un projet au long cours impulsé par le conseiller pédagogique départemental pierre Clot avec pour finalité la production de deux reportages de leur choix.

Cuba, la Patagonie et Luis Sepulveda...

Ce matin, Pierre est venu dans la classe avec une surprise  : le projet d’accrochage de la toute prochaine exposition qui présentera leurs travaux au grand public. L’occasion toute trouvée de mener une séquence sur le langage des images en analysant les choix opérés par le photographe professionnel Jean-François Baumard qui a accompagné les élèves tout au long du projet. Quel ordre a été retenu ? Pourquoi associer certaines photos et pas d’autres ? Quelle couleur pour le fond ? Quel texte d’accompagnement ? En cette fin d’année scolaire, c’est aussi le moment pour les élèves de découvrir enfin l’intégralité des reportages des autres classes compilés dans un livret bientôt mis en vente. Danielle leur propose de retrouver dans un texte de leurs camarades les caractéristiques qui ont guidé leur travail  : concilier le reportage avec une écriture littéraire comparable à celle qu’ils ont découverte dans le recueil de luis Sepulveda «  Dernières nouvelles du Sud  ».


Utilisation de l’implicite et de métaphores, d’un vocabulaire soutenu, d’un champ lexical décalé... La mise en commun du travail de groupe montre des élèves capables d’entrer dans la complexité des textes et de repérer les procédés de fabrication utilisés par l’auteur pour embarquer le lecteur dans un univers poétique et sensible. Côté images, les enfants ont appris peu à peu à connaître les fondamentaux du cadrage, à regarder derrière l’image pour percevoir les émotions et les sensations que veut faire partager le photographe. C’est l’ouvrage «  Somos Cubanos  » de Jean-François Baumard qui leur a servi de clé pour entrer dans un monde d’images épurées en noir et blanc, au fort pouvoir évocateur. Et quand Pierre les invite à faire leur propre sélection, ils savent argumenter leurs choix dont beaucoup sont les mêmes que ceux du professionnel.

Des projets collaboratifs

Pour Danielle et Séverine Plazolles, sa collègue du Ce2-Cm1, les projets transversaux dans lesquels elles s’impliquent chaque année favorisent la motivation de l’ensemble de leurs élèves. «  Ça permet aussi de se renouveler  » souligne Danielle qui évoque la satisfaction de permettre aux élèves d’aborder avec plaisir des objets culturels a priori difficiles d’accès. Pour Séverine, «  la dimension collaborative du projet est importante  : grâce au blog qui est mis en place, les élèves réagissent tout au long de l’année aux réalisations des autres classes, bénéficient des remarques et des critiques d’autres enfants et adultes qui leur permettent d’enrichir progressivement leur travail et de déboucher sur un produit fini qui tient la route et dont ils peuvent être fiers.  » Aux dernières nouvelles, 82 livrets ont déjà été vendus par les élèves de Peyrole. Après le nord du département, l’exposition se déplacera en octobre prochain dans le sud au festival «  Échos d’ici, échos d’ailleurs  » de Labastide Rouairoux . Un aboutissement et sans doute un point de départ pour le prochain projet collaboratif autour de la littérature auquel Pierre est déjà en train de travailler activement.


Trois questions à Pierre Clot, conseiller pédagogique TICE


Pourquoi un projet comme «  Écoliers reporters en herbe  » dans le cadre de votre mission  ?

Pour développer les usages en classe du numérique, et en particulier dans la dimension de communication, il est nécessaire de mettre en œuvre des situations qui soient vraiment fonctionnelles. Communiquer nécessite de vrais interlocuteurs et une mise en réseau des classes est propice à ces échanges, surtout quand des personnes ressources complètent ces interactions. A minima, dans ce type de projet, j’essaie de m’appuyer sur trois dimensions  : l’usage du numérique, la production d’écrit et la lecture littéraire qui permet de se confronter à des textes résistants mais aussi de construire avec les élèves des outils d’aide à une production d’écrit exigeante. L’ancrage sur une situation d’appui comme le festival «  Échos d’ici, échos d’ailleurs  »permet d’avoir un support intéressant qui constitue une ouverture vers l’extérieur.

Vous insistez sur le caractère collaboratif des projets.

L’intérêt premier d’un travail collaboratif, c’est de faire du groupe une force d’encouragement mutuel. Le coordonnateur facilite le travail des enseignants, assure le suivi, relance. L’utilisation d’un blog interactif et de Twitter donne de la visibilité et facilite le partage. Cela contribue à mettre en valeur les travaux des élèves et par conséquent à donner du sens aux apprentissages. Les pratiques des enseignants sont également partagées à travers un espace de mutualisation.

Quel bilan tirez-vous de ce type de pratique ?

Avec le recul de douze années de projets, j’ai pu mesurer l’efficacité de partager les réussites des enseignants dans leur classe. Chaque année, un nouveau projet voit le jour avec comme constante un niveau d’exigence important. Les nouveaux venus sont parfois un peu déroutés malgré des documents d’accompagnement très précis. Alors, les habitués, ceux que j’appelle les classes «  locomotives  », ouvrent la voie, montrent ce qu’il est possible de faire et expliquent comment ils le font... Naturellement les wagons s’accrochent. La plus belle réussite, en cours d’année, c’est quand on se rend compte que ce sont les wagons qui poussent ! Enfin la concrétisation par des productions finalisées, le blog, les livrets, les expositions qui rentrent dans l’espace public, apporte une reconnaissance extérieure et beaucoup de satisfaction pour les élèves et les enseignants. La notion d’altérité, d’ouverture portée par la culture humaniste trouve également tout son sens.


Ressources


Photo à l’école
L’académie de Lyon met en ligne un dossier complet sur la pratique de la photographie en arts visuels dans tous les cycles. Propositions de séquences, documents permettant une approche technique, liens vers des sites de ressources comme celui de la BNF ou du Centre Pompidou... De quoi inciter tous les enseignants à se lancer dans cette activité avec leurs élèves.

Consulter :
- le dossier pédagogique

Recherche
Sylvie Dardaillon, professeure agrégée de lettres à l’université d’Orléans a mené des recherches sur les activités proposées à l’école autour de la littérature. Elle explique, dans une interview enregistrée à l’occasion de l’université d’automne du SNUipp-FSU, comment l’enfant développe par la lecture littéraire son rapport à la langue et à la culture. Elle souligne aussi l’intérêt d’aborder des œuvres complexes qui permettent un travail d’interprétation personnelle y compris chez les enfants les plus en difficulté.

Visionner :
- l’interview de Sylvie Dardaillon