Conseil supérieur de l’éducation
La déclaration du SNUipp-FSU
8 juin 2012
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Vendredi 8 juin, se tenait le premier Conseil supérieur de l’éducation d’après élections. L’occasion pour le SNUipp de préciser à Vincent Peillon ses priorités pour la transformation de l’école.

Monsieur le Ministre,
Ce CSE se tient alors que le nouveau président de la République a clairement affiché sa volonté de faire de l’éducation et de la jeunesse une grande priorité. Ainsi, pour l’école, une nouvelle période s’ouvre avec de nouvelles perspectives. Des mesures d’urgence pour la rentrée scolaire ont été annoncées avec notamment 1 000 PE supplémentaires ramenant ainsi les suppressions de postes effectives à 4 300. Mais il faudra également rapidement revoir les contenus d’enseignement et les organisations pédagogiques, la formation initiale et continue des enseignants, revenir sur la baisse de scolarisation des moins de 3 ans.
Une loi d’orientation et de programmation est prévue pour la fin de l’année. Pour le SNUipp-FSU, le projet de « refondation de l’école » que vous avez annoncé doit se traduire par des transformations réelles afin que notre école tienne sa promesse démocratique de ne laisser aucun élève sur le bord du chemin. Il ne s’agit ni de revenir à un bon vieux temps qui n’a jamais existé, ni de faire table rase du passé, comme si tout était à jeter dans le système actuel. Il n’est pas d’autre choix que de prendre appui sur ce que l’école sait bien faire et de s’attaquer en profondeur à ses défauts marqués par une corrélation trop importante entre échec scolaire et origine sociale défavorisée. Après des années de disette, il est urgent de réinvestir dans l’éducation.

Associer les enseignants

Pour faire avancer l’école, rien ne doit se faire sans les enseignants. Au contraire, il faut leur redonner de la confiance et de la reconnaissance afin qu’ils retrouvent la fierté de bien faire leur métier. Pour transformer l’école, il faut s’appuyer sur leur expertise professionnelle. Ces dernières années, un grand nombre de textes et d’orientations soumis à ce CSE ont été présentés, souvent contre notre avis, comme des solutions simples, pratiques et immédiates de nature à remettre enfin l’école sur le bon chemin. De solides dispositifs d’évaluations, une bonne gouvernance apte à imposer de solides prescriptions à des PE trop laissés à eux même et... tout devait aller pour le mieux !
Or, il faut admettre que l’école ne changera pas à coup de prescriptions réduisant le métier à une addition de techniques. A ce titre, nous saluons votre première décision concernant l’abandon des remontées des évaluations et la volonté de remettre à plat les logiques et dispositifs d’évaluations au primaire. Nous attendons également que de nouvelles orientations soient données pour la rentrée aux recteurs et DA SEN marquant ainsi un changement de cap avec la circulaire de rentrée publiée par l’ancien ministre. Qui veut réformer l’école doit donc admettre la grande complexité des questions éducatives. A ce titre, nous souhaitons que les prochains textes soumis à ce CSE tiennent compte et s’appuient sur d’incontestables et récents travaux de la recherche en matière d’apprentissage et de conception éducative.

Des dossiers complexes

Même constat concernant les rythmes scolaires. Si le SNUipp n’est pas pour le statu quo, il faut reconnaître que le chantier est complexe. Là encore, aucune décision ne pourra être prise sans les enseignants. Toute évolution doit rimer avec amélioration. Pour réussir, la manière de conduire le changement sera déterminante.
Le SNUipp-FSU réaffirme qu’un processus de discussion transparent et cadré par un calendrier et des points d’étape est effectivement incontournable pour la qualité et la sérénité du débat et des prises de décisions qui en découleraient. Tout doit aussi être mis sur la table. Le dossier devra prendre en compte les conditions et le temps de travail des enseignants et celui des élèves.
A ce titre, la place et le rôle de l’aide personnalisée doivent faire partie de la concertation sur les rythmes. L’enquête que nous avons réalisée avec 18 600 réponses montre le trouble et l’insatisfaction des enseignants dans leur combat face à la difficulté scolaire. Ils estiment que l’aide personnalisée est inappropriée face aux difficultés lourdes, inadaptée aux écoles qui concentrent les difficultés scolaires, et qu’elle génère de la fatigue pour les élèves comme pour les enseignants. Par contre, l’expérience de l’aide personnalisée a donné l’occasion aux enseignants de travailler avec des petits groupes d’élèves. Cette modalité constitue un intérêt pédagogique et professionnel indéniable et mérite d’être développée sur le temps scolaire commun à tous les élèves, notamment avec plus de maîtres que de classes.

La maternelle en exemple

Enfin, en éducation, la notion de temps reste essentielle. Là aussi, il nous faut admettre que l’école ne se transformera pas en un jour, à coup de baguette magique. Au contraire, il faudra de la patience, définir pour les enseignants des priorités claires et s’y tenir.
Je prendrai un exemple : celui de l’école maternelle. Le rapport de l’Inspection générale dresse le tableau d’une école maternelle en quête d’identité, parfois déboussolée et même sur certains sujets en friche et ce malgré l’engagement professionnel des enseignants. Les polémiques sur les « couche-culottes », « les élèves à risque », ou l’assèchement déplorable de la formation ne sont malheureusement pas pour rien dans cette réalité.
Les inspecteurs généraux le disent : trop de papier-crayon, trop d’apprentissages précoces, trop d’évaluations, et ce au détriment des temps et des espaces de découverte, de stimulation, de jeu et d’apprentissage progressivement cadrés et guidés. Trop d’apprentissages formels qui ne profitent pas à ceux qui sont les plus fragiles et qui devraient pourtant tirer profit de la maternelle.
Voici pour le ministère l’occasion d’ouvrir un beau chantier. Une belle priorité à se donner avec une mise à jour des savoirs professionnels et un plan de formation au long cours sur ces sujets.

Monsieur le ministre, faire de l’éducation, et notamment de l’école primaire, une priorité ne peut qu’aiguiser notre appétit de voir concrètement avancer l’école. Pour cela, avec les enseignants, au SNUipp-FSU, nous serons exigeants et déterminés.