Interview
L’illettrisme n’est pas une fatalité
8 septembre 2015

Du 8 au 13 septembre se déroulent les journées nationales d’action contre l’illettrisme. Six jours de mobilisation dans toute la France avec des expositions, des conférences, des lectures. Hervé Fernandez, directeur de l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme, répond à nos questions

Aujourd’hui en France l’illettrisme touche 2,5 millions d’adultes. Comment expliquer ce chiffre ?

Les 14 000 personnes interrogées par l’Insee en partenariat avec notre agence donnent différentes explications : elles ont dû quitter tôt l’école ou elles ont eu un parcours en dents de scie. Il ne faut pas confondre avec la situation de personnes devant apprendre le français parce que ce n’est pas leur langue natale. Les personnes en situation d’illettrisme sont de langue française et, souvent, sont sorties de l’école en sachant lire et écrire mais leurs conditions de vie et de travail ont fait que ces acquis, fragiles, se sont effrités faute de stimulation. Elles ont perdu ce capital.

France stratégie, organisme rattaché à Matignon, ambitionne de diviser ce chiffre par deux d’ici à 10 ans. Comment y parvenir ?

Il faut agir sur tous les fronts : prévention et actions auprès des adultes. L’illettrisme n’est pas une fatalité, on peut (ré)apprendre à tout âge. C’est un phénomène invisible car les personnes le cachent, par honte, tout le monde croit qu’elles savent lire et écrire car elles sont allées à l’école comme vous et moi. Notre agence ne rajoute pas un dispositif aux autres, elle aide, avec des kits en ligne, les acteurs locaux : écoles, centres sociaux, associations, mairies, entreprises. Elle fournit de quoi lutter efficacement.

Comment l’école peut-elle aider les familles ?

Pour les parents ne maîtrisant pas la lecture et l’écriture, l’entrée de leur enfant à l’école est un facteur très fort de motivation à réapprendre ce qu’ils ont perdu. Ils veulent la réussite de leur enfant et pouvoir le suivre. On peut déceler l’illettrisme à des signes : non réponses à des courriers, absence aux réunions, tendance à rester à l’écart. Nous encourageons les actions éducatives école/famille prenant en compte tout l’environnement de l’enfant : ce peut être de l’aide aux devoirs d’étudiants bénévoles le soir au domicile, des séances de Lire et faire lire. Un numéro vert indique aux personnes les structures proches de chez elles pouvant les aider.

Voir :
- le programme des journées nationales