"L’enfant a besoin d’être sécurisé dans ses premières années"
Christine Bellas-Cabane, pédo-psychiatre, est présidente du syndicat des médecins de Prévention maternelle et infantile (PMI). Elle est co-auteure du livre « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 0 à 3 ans ».
« Une alliance autour du développement global de l’enfant, mettant en avant son épanouissement et non la performance, est nécessaire »

- Christine Bellas-Cabane
Quels sont les principaux besoins éducatifs nécessaires à l’épanouissement des enfants de 0 à 4 ans ?
- Il faut une attention et un environnement bienveillants permettant une liberté de mouvement pour que l’enfant puisse s’éveiller et découvrir le monde extérieur. Il est également important que l’adulte pose dans cet espace des balises claires qui vont le rassurer. Par ailleurs, l’adulte doit accompagner les découvertes de l’enfant et l’habituer à en chercher le sens. Par exemple, avec la télévision, l’adulte doit mettre un sens sur ce que l’enfant voit sinon l’enfant risque de s’habituer à ne pas comprendre ce qui l’entoure.
Les modes de prise en charge répondent-ils à ces besoins ?
- Les crèches sont un cadre où les besoins sont pris en compte et où les enfants ont accès à des objets et des espaces de découverte. Ils peuvent évoluer dans des environnements sécurisés dans lesquels ils sont capables de développer leur motricité sans danger. L’adulte est là pour rassurer l’enfant sans l’étouffer. Les écoles maternelles restent de qualité en France, mais très tôt l’objectif de la réussite scolaire future prend le pas sur le souci de l’épanouissement. Cela est dû à une pression institutionnelle et parentale résultant d’un climat économique difficile. Cette réalité a considérablement transformé le climat des classes de maternelle.
Quelles sont les demandes des familles concernant les besoins éducatifs de leurs enfants ?
- Elles sont demandeuses d’éveil et de performance. Très rapidement, les familles veulent que leur enfant sache faire des choses, ne lui laissant plus le temps « d’être et de découvrir ». Certains jeunes parents ont de grandes difficultés à poser des limites à leurs enfants. Ils attendent des professionnels des crèches et de maternelles qu’ils remplissent une double fonction : d’éducation et d’enseignement précoce.
Quels liens sont à développer entre les familles et les différents intervenants de la petite enfance ?
- Il est important que parents et professionnels arrivent à dialoguer vraiment. Je constate que lorsqu’un enfant pose problème, le parent est souvent considéré comme responsable. De leur côté, les parents critiquent les personnels des crèches ou les enseignants. Il faut sortir de cette rivalité. Une alliance autour du développement global de l’enfant, mettant en avant son épanouissement et non la performance, est nécessaire. Il est important aussi que les adultes comprennent que l’enfant ne peut pas se comporter partout de la même façon. C’est normal qu’il soit parfois plus agité ou perturbé.
Les enfants doivent-ils tous fréquenter une structure collective avant leur scolarisation ?
- L’enfant a besoin d’être sécurisé dans ses premières années, d’avoir un milieu propice à son éveil. Ainsi, il va aborder la séparation et les apprentissages de façon correcte. Si le milieu familial est suffisamment contenant, s’il permet à l’enfant de s’éveiller au monde et aux personnes qui l’entourent, la collectivité n’est pas indispensable. Elle peut être positive pour certains enfants, mais extrêmement fatigante pour d’autres. Dans certains cas, elle seule pourra permettre à l’enfant un développement harmonieux.
Quelle politique de prévention mener, avant et pendant la scolarisation des enfants en maternelle ?
- Les crèches doivent être développées afin de rester une possibilité d’accueil de qualité avant la scolarisation. Le problème de l’école maternelle à 2 ans pose celui de son adéquation aux besoins de l’enfant en termes de personnels, de rythme et de locaux. Si ces besoins sont respectés, cela peut être une chance pour certains enfants qui ne pourraient pas être accueillis dans les crèches. Les lieux d’accueil parents-enfants sont de véritables espaces de prévention. Les enfants peuvent y faire l’expérience de la séparation et de la socialisation en toute sécurité. Les parents peuvent échanger avec des professionnels dans une relation de confiance. En maternelle, il ne s’agit pas de faire la prévention de la maltraitance ou de troubles du comportement mais de surtout savoir repérer la souffrance, afin de pouvoir la prendre en charge. Là aussi, parents et professionnels doivent se parler. Les Rased permettent souvent de débloquer bon nombre de situations, mais ils sont insuffisants en nombre. Quant aux CMP, vers lesquels on a besoin parfois d’adresser certains, les listes d’attente sont de plus en plus longues.