Trois question à Monique Sassier, médiatrice de l’Education nationale
« L’école ne doit pas reproduire de ségrégation »
16 juin 2015

Trois question à Monique Sassier, médiatrice de l’Education nationale

Après 5 ans d’exercice quelles évolutions avez-vous constatées ?

Il y a une augmentation régulière du nombre des réclamations venant des familles et des étudiants. Les questions relatives aux affectations des élèves sont plus souvent évoquées. Les conflits de la vie scolaire sont nombreux : risques de violence, de harcèlement... Je voudrais ajouter que les familles sont parfois très dures à l’égard des enseignants qui, eux aussi parfois, sont exaspérés par certains comportements d’élèves et de familles. L’école, le collège et même le lycée ne seront des lieux d’éducation et d’apprentissage que si les liens entre les parents, les élèves et les établissements sont, sinon sereins, en tout cas respectueux.

Les inégalités de notre système éducatif sontelles perceptibles dans votre activité ?

Oui, nous recevons des lettres, de familles surtout, qui se plaignent des conséquences de leurs difficultés financières : non participation à une semaine de sport, ou autre sortie, difficulté de paiement de la cantine, refus d’aller à l’école des enfants par peur ou honte. La première chose est d’écouter ces familles et ces élèves. La seconde est d’alerter les établissements et les inspecteurs pour trouver une place à chacun. Sans doute aussi faut-il améliorer la relation pédagogique. Laissons les professeurs inventer des réponses, recherchons les actions qui sont efficaces. L’école ne doit pas reproduire de ségrégation dans des enseignements. C’est cela qu’élèves, familles, et même enseignants ne supportent pas.

Pourquoi une telle augmentation des réclamations des enseignants relatives aux mutations* ?

C’est surtout l’affectation des 10 000 stagiaires qui a posé problème en 2014. Les procédures d’affectation compliquées ont été connues tardivement et les « ratés » se sont multipliés. Par exemple, la règle retenue du maintien dans l’académie des étudiants en M1 n’a pas permis de s’arrêter sur des situations familiales et sociales difficiles. Des stagiaires affectés dans une autre académie ont fait état de graves difficultés financières, devant assurer la vie d’une famille éloignée. Notre institution doit s’adapter à ses nouveaux recrutements, ce n’est pas facile et on pourrait imaginer que toutes ces informations soient parfaitement relayées par tous ceux qui sont en contact avec les professeurs stagiaires.

*Rapport annuel du médiateur de l’éducation nationale présenté le 18 mai 2015