Dossier "L’enfant perturbateur : un "cas" d’école"
« L’école comme un cadre structurant et apaisant »
5 mai 2014

Trois questions à Thierry Troncin, formateur à l’Espé de Bourgogne

Trois questions à Thierry Troncin, formateur à l’Espé de Bourgogne


-  Qu’est-ce qu’un élève perturbateur ? Un élève perturbateur est un enfant dont le comportement dérange l’ordonnancement du temps et de l’espace scolaires. Ces perturbations troublent la vie à l’école, le travail des enseignants et celui des autres élèves. Ces écoliers ne correspondent pas aux élèves idéalisés qui apprennent tout en valorisant l’investissement et les compétences des enseignants. Nous devons différencier les comportements scolaires perturbateurs, agaçants certes mais mesurés, circonscrits, « contenables », inscrits dans un apprentissage social en cours, des comportements inscrits dans une problématique individuelle invalidante, voire pathologique, nécessitant des regards et des analyses croisés ainsi que des prises en charges spécialisées.

- Comment faire la différence entre perturbation, trouble et handicap ?

La catégorie des troubles de la conduite et du comportement concerne les enfants dont la nature, la fréquence et l’importance des comportements déviants nuisent à leur développement ou à celui d’autrui, comme les troubles du comportement, la mésadaptation socio-affective ou la déficience psychosociale. Ces enfants éprouvent de grandes difficultés à construire des relations pacifiées avec autrui car ils sont envahis par des émotions, des frustrations, des peurs et des angoisses. Depuis la loi de 2005 sur le handicap, ces troubles, lorsqu’ils sont cristallisés et invalidants, sont considérés comme un handicap à part entière dans la mesure où, malgré des capacités intellectuelles normales, l’enfant n’est pas en mesure d’accomplir son rôle social dans ses différents lieux de vie.

- Quel impact sur le travail enseignant ?

Les conduites sociales inappropriées de ces élèves fragilisent les adultes, les font sortir de leurs gonds, les épuisent, les « montent » parfois les uns contre les autres, les invitent à se réinterroger sans cesse quant à leur réelle compétence professionnelle. De surcroît, ces troubles peuvent entrer en résonance avec les individus eux- mêmes, et les effets sont insupportables sur le plan personnel. Toutefois, les postures professionnelles et les pratiques d’enseignement, si elles sont adaptées, concertées et inscrites sur le long terme, peuvent contribuer à améliorer significativement le bien- être scolaire de l’enfant, et par là- même à apaiser ses tensions internes.

- Des pistes pour faire progresser ces élèves ?

Les pistes que je suggère doivent être réfléchies au sein d’une équipe et évaluées très périodiquement. L’important est d’avoir des réponses cohérentes et concertées, de garder son calme et considérer que la situation peut s’améliorer car ces enfants ont besoin d’adultes de référence structurants, apaisants, en qui ils peuvent avoir confiance. C’est pourquoi il importe de construire un cadre de fonctionnement explicite avec un nombre restreint de règles construites collectivement. Ces élèves perturbateurs doivent éprouver un sentiment d’appartenance à un collectif protecteur et rassurant. Souvent la pédagogie de projet est fructueuse et il est important de ritualiser, voire routiniser, des temps pédagogiques en écrivant le déroulement des séances, en accompagnant les entrées dans les tâches d’apprentissage, en étant vigilant sur les temps de transition ou d’attente et en limitant les moments oraux collectifs.

- Des outils sont nécessaires ...

Oui surtout ceux qui vont leur permettre de mieux appréhender les temps, les espaces et les consignes : les sabliers pour apprécier le temps dévolu à une activité, les jetons pour quantifier les prises de parole autorisées et les sollicitations de l’enseignant, les étiquettes activités pour se repérer dans l’emploi du temps ou les espaces refuges pour gérer les temps de suspension ou prévenir une situation de fulgurance. Mais il est essentiel d’observer ces élèves pour repérer les temps d’apaisement, d’excitation ou de retrait, de les analyser en cherchant le pourquoi d’un tel comportement à ce moment-là. L’enfant doit être associé à cette démarche pour comprendre ce qu’il met en œuvre dans les moments calmes et les éléments-clefs de dérapage afin de ne pas répliquer le même comportement lorsqu’il sera confronté à la même situation.

Docteur en sciences de l’éducation, Thierry Troncin travaille sur la psychopathologie des apprentissages et les stratégies d’enseignement différenciées. Il est responsable de formations spécialisées. Il a été conseiller pédagogique ASH en Côte-d’Or pendant 20 ans.

Pour aller plus loin :

- Les perturbations comportementales à l’école primaire : de la compréhension à la prise en compte pédagogique (IUFM de Bourgogne)

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Une prise en compte institutionnelle
- Historique : passés au premier rang
- « Entendre et accompagner les enseignants »
- Protocole dans la Loire : mieux voir le trouble
- En bref
- Gestion collective à Toulouse : l’autonomie dans le cartable
- « L’école comme un cadre structurant et apaisant »