Les enseignants inventent et mettent en place des dispositifs pour aider les élèves . Petit tour d’horizon non exhaustif des organisations mises en œuvre.
L’ année passée, des écoles des réseaux ambition réussite de la circonscription de Clermont Plaine dans le Puy-de-Dôme ont mis en place des modules d’approfondissement des compétences en lecture-écriture dits aussi Maclé. L’équipe de circonscription, à l’origine du projet, a proposé aux classes de CE1 de mettre en place un dispositif pour prévenir les difficultés en lecture ou y remédier à partir de l’analyse des évaluations CE1. Pour cela les maîtres de réseau et l’assistant pédagogique ont été utilisés pour des « interventions massives et concentrées ».
« Concrètement — raconte Ali Chikhi maître E qui a participé à cette action dans les écoles Philippe Arbos et Romain Rolland — nous avons pris en charge pendant trois semaines une classe, 1h30 par jour pendant le temps scolaire ». L’enseignante s’est consacrée aux enfants les plus en difficulté, l’assistant pédagogique au groupe des élèves les plus performants, et les deux maîtres eux se sont occupés des élèves fragiles pour consolider les acquisitions. « Pendant ces 3 semaines, le menu de nos séances a été à chaque fois organisé autour de trois types d’activités, celles centrées sur le code, celles centrées sur la compréhension et celles centrées sur la production d’écrits ».
Ali Chikhi avoue avoir été sceptique au démarrage du dispositif. Mais au final, il retient le travail en équipe dans lequel, « en tant que maître E nous avons une reconnaissance de notre statut que ce soit dans l’analyse ou dans le conseil ». De plus, les évaluations de fin de modules l’ont convaincu de son intérêt, au moins à court terme. Les Maclé n’ont pas encore été reconduits cette année dans l’attente des évaluations CE1. Pour Ali, l’aide personnalisée ne pourra pas remplacer ce type de dispositif qui, s’il ne résout pas tout, bien sûr, permet de doper les élèves à un moment précis. Et pourtant, leur avenir est compromis.
Tous les soirs de la semaine après la classe, les cinq élèves de cours préparatoire inscrits à l’atelier « Coup de pouce » retrouvent Sylvaine Debest, enseignante de l’autre CP de l’école du 59 rue de Romainville à Paris. Elle anime cet atelier « pour faire entrer les élèves dans la culture écrite et impliquer leurs parents dans l’école ». Ces ateliers « Coup de pouce », initiés par Gérard Chauveau, proposent aux élèves « fragiles », tant au niveau socio-culturel que sur le plan scolaire, de bénéficier des apports reçus dans le cadre familial par les enfants de milieux favorisés. Sylvaine débute chaque atelier par un goûter qui sert à développer les échanges verbaux autour d’un événement de la journée vécu en classe. Ensuite, ils réalisent ensemble les devoirs donnés en classe avant de passer à des jeux de lecture où les enfants mettent en commun leurs connaissances. La production d’écrit, de façon collective en dictant à l’adulte puis entre chaque enfant et Sylvaine, est ensuite abordée avant de finir l’atelier autour d’un album. Très régulièrement, Sylvaine se concerte avec sa collègue de CP. En effet, « pour que ce ne soit pas la classe après la classe », ce dispositif ne permet pas de prendre ses propres élèves. Ce lien avec la classe passe également par l’écriture d’un magazine en atelier dont les enfants présentent les articles à leurs camarades. Sylvaine évalue ce dispositif comme « un complément d’aide qui favorise la réussite », tous les enfants devenant lecteurs en fin d’année. Et surtout, ils y bénéficient d’une « aide qu’ils ne trouveraient pas à la maison ». Au fur et à mesure de l’année, le travail du lien « primordial » avec les familles les incite à s’intéresser davantage à ce qui se passe à l’école, à lire des histoires à leurs enfants…
O rganiser des moments privilégiés pendant la classe pour répondre aux difficultés, tel est l’objectif des enseignants de l’école de la Forêt à Sautron (Loire atlantique). Pour chaque période, le conseil de cycle arrête l’emploi du temps des 6 classes qui combine les séquences en petits groupes d’élèves et les activités d’approfondissement pour le reste de la classe. De 14h00 à 14h30, les enseignantes de l’école maternelle participent au dispositif et Sylvie Pouyon, directrice de l’école, anime deux séances de chorale sur son temps de décharge. Ainsi Cathy laisse ses CM2 pour prendre en charge les CE1 car Emmanuelle, enseignante du CE1, se consacre à deux élèves pour améliorer la compréhension de texte et de consigne. La précédente période, elle avait ciblé certaines notions de mathématiques avec un plus grand nombre d’élèves. Pour elle, appréhender plus rapidement et précocement les difficultés, est payant pour la plupart des élèves. Les enfants apprécient aussi : les difficultés sont abordées naturellement, et sans fatigue supplémentaire. Soizic, l’enseignante du CP, se consacre à un entraînement numérique sur l’ardoise avec huit élèves qui ont besoin de temps et d’entraînement pour automatiser les procédures et les expliciter. Pour les autres élèves du CP, Guillaume, enseignant du CE2-CM1, a organisé des ateliers de travail autonome sur ordinateurs et avec des matériels pédagogiques. Les 60 heures, dédiées à la conception des séquences et à la réactualisation des emplois du temps, suffisent à peine car s’ajoute une rencontre individuelle avec chaque parent une fois par trimestre. L’équipe, consciente de « tordre » les demandes institutionnelles, a le sentiment de vraiment répondre aux difficultés sans stigmatiser les élèves. Aussi pouvoir aller au bout de cette expérience jusqu’à la fin de l’année, c’est la seule chose qu’ils demandent.
« En maternelle, une grande partie de l’aide se fait pour le langage. » En quelques mots, Hervé Lefebvre, le directeur, maître de la classe de MS explique le parti pris des 4 classes de l’école, Albert Schweitzer, situé dans un des RAR d’Amiens. Ce travail s’appuie sur une dynamique pensée depuis 9 ans pour les MS et GS. Il n’a été rendu possible que par la présence d’un maître supplémentaire dans l’école à un moment où le département de la Somme a été en pointe en terme d’expérimentation des dispositifs « maîtres surnuméraires » . Aujourd’hui, Isabelle Vandewalle, la maîtresse « plus » n’intervient plus que 2 jours par semaine. Mais, ce n’est pas rien. Sur ce temps, l’équipe a mis en place des décloisonnements pour constituer des petits groupes d’élèves hétérogènes. Objectif : solliciter ceux qui « n’osent pas pre n d re la parole faute de lexique, de syntaxe » analyse Isabelle mais pour qui aussi l’école est un lieu d’étrangeté loin des codes, des modes de faire et de parler du monde familial. Travail autour de supports culturels, des albums, des contes traditionnels, les livres de recettes, « tout cela s’articule avec les projets de chaque classe » pour que « les élèves soient plus à l’aise dans leur rapport au langage, aux objets du monde » analyse Isabelle : comptine, alphabet, langage en situation, en communication, en évocation, les formes sont pensées progressivement en fonction des besoins des élèves.
Et les résultats sont fructueux. En 7 ans, « les évaluations CP montrent des progrès constants », se réjouit Hervé. « Sans compter l’épanouissement de certains dans le groupe classe. » Pour les 60 heures qui doivent également cibler le langage, l’équipe a jonglé avec les contraintes horaires et la recherche de cohérence avec l’organisation existante. Résultat, tous les élèves sont concernés au sein de cycles thématiques : informatique, lecture plaisir, jeux de société, d’imitation. Culturel toujours.