éducation prioritaire
Journées REP+ : avec le temps…
13 juin 2016

Un an après la mise en place de l’allègement des services des enseignants de REP+, le point sur cette mesure qui pourrait préfigurer de nouvelles façons de travailler à l’école.

Neuf journées de décharge de classe pour les enseignants de REP+. Au-delà de l’ouverture de postes de maîtres supplémentaires et de l’accueil des enfants de moins de trois ans, cette mesure de reconnaissance du travail spécifique des enseignants de REP + était attendue (voir ci-dessous). À Marseille, ces journées ont trois fonctions. « Un tiers pour la formation, un tiers pour la concertation, un tiers pour le travail en direction des partenaires », raconte Frédéric, directeur d’école. Un travail intéressant quand il permet les observations croisées dans les classes de collègues ou une réflexion sur le partenariat, mais qui l’est moins quand les problématiques traitées ne sont pas spécifiques au travail du REP+.

Une organisation complexe

Pour Marc, enseignant à Lormont en Gironde, ces journées sont « un vrai plus quand elles sont centrées sur le travail de l’équipe » mais il regrette lui aussi les thèmes trop souvent imposés par l’IEN ou les contenus trop institutionnels. La place de ces journées dans l’année et le mode de remplacement sont aussi importants. Les remplacements sont encore bien aléatoires chez Marc. Pas toute l’équipe, ce qui empêche le travail collectif, pas toujours les mêmes remplaçants, ce qui complique le travail en classe. C’est mieux chez Frédéric car une année de préfiguration a permis de rôder le système. L’ensemble d’un cycle peut être remplacé en même temps et le calendrier est à peu près stabilisé. Mais les contraintes sont nombreuses et le système complexe à mettre en œuvre. Il prend d’ailleurs beaucoup de temps aux équipes de circonscription et aux coordonnateurs qui préfèreraient se consacrer davantage à l’accompagnement des équipes. Cette proximité fait défaut et produit un pilotage jugé encore assez bureaucratique et hiérarchique, même si la volonté de travail commun est sensible. Des journées qui changent le travail, relancent les équipes, mais dont le contenu et les modalités doivent être affinés et adaptés.


Trois questions à Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP)

Où en est l’éducation prioritaire, deux ans après la refondation ?
On peut noter plusieurs évolutions positives en peu de temps et d’abord souligner la continuité dans la mise en place de cette politique d’éducation prioritaire depuis 2012. Après des politiques centrées sur les établissements ou sur les élèves, on est revenu à une logique de territoire, celle des acteurs sur un quartier. On a supprimé le mille-feuilles des différents dispositifs, en confirmant une labellisation réclamée par les acteurs et une cartographie plus objective, articulée avec celle de la pauvreté et de la politique de la ville. Le pilotage ministériel a été soutenu et a redonné à juste titre priorité au 1er degré avec le plus de maîtres ou l’accueil des moins de trois ans. Enfin, les fonctions de coordination sont redevenues centrales pour faire les liens entre 1er et 2nd degré et entre l’institution et l’ensemble de partenaires.

Et concernant le métier enseignant ?
On a enfin reconnu que les dynamiques de projets ne pouvaient pas reposer sur le militantisme des personnes. Le temps dégagé sur le temps de service en REP+, c’est pour la première fois, la reconnaissance des missions des enseignants en éducation prioritaire. Les formations et les accompagnements des équipes conduites sur site ont permis de développer la professionnalisation et souvent une culture commune interdegré. Et les maîtres supplémentaires sont maintenant intégrés dans le fonctionnement des équipes et en sont devenus des points d’appui importants.

Quels sont les points à améliorer encore ?
Il faut encore travailler sur le pilotage trop souvent encore basé sur un fonctionnement bureaucratique et hiérarchique et pas assez sur la reconnaissance du travail des personnels et la confiance. Il faut bien sûr maintenir les moyens spécifiques et les étendre pour certains aux REP. Enfin, il faut rendre public le bilan de ce qui se fait en EP car on y voit l’émergence de collectifs professionnels et de travaux qui peuvent créer une dynamique dans l’ensemble de l’institution.

Lire aussi :

- l’interview de Marc Douaire dans le Café pédagogique