Dossier "En campagne pour l’école rurale"
« Il n’y a pas de déficit des élèves ruraux en terme de réussite scolaire »
16 juin 2015

Trois questions à Yves Alpe, sociologue, professeur émérite à l’Université d’Aix Marseille

« Il n’y a pas de déficit des élèves ruraux en terme de réussite scolaire »

Est-il vrai que les élèves des milieux ruraux réussissent mieux ?

Entre 1999 et 2005 nous avons mené des enquêtes auprès d’élèves de CM2 sur six départements. Leur réussite aux tests d’évaluation à l’entrée en 6ème était meilleure que celle de leurs homologues urbains. Les écarts ne sont pas énormes mais ils montrent qu’à catégorie sociale équivalente les élèves du rural ne sont pas défavorisés par rapport aux urbains. Les enquêtes menées en 2011 auprès d’élèves de CM2 confirment cette tendance, même si elle est moins marquée.

Comment l’expliquer ?

La taille réduite des classes et des écoles contribue à ces bons résultats. Les dispositifs spécifiques, comme les EMALA (lire ci-dessous), sont dynamisants et estompent l’isolement du rural. Ensuite, et même si elles ont tendance à disparaître, les classes multi-âges favorisent les résultats des élèves, notamment les plus faibles et les plus jeunes. Enfin il y a des aspects qui tiennent au lien social, plus prégnant en milieu rural, entre les élèves, les parents, les enseignants et les élus. C’est particulièrement frappant au moment de la carte scolaire.

Ces éléments s’inscrivent- ils dans la durée du cursus scolaire ?

Si les élèves sont dans le rural au primaire et au collège, ils ne le sont plus au lycée. Sur les cohortes observées de 1999 à 2005, l’avantage des élèves ruraux sur les urbains se conservait pendant les années de collège et ils arrivaient en 3e sans retard. Mais on constatait que leurs choix d’orientation témoignaient d’une stratégie différente de celle des urbains, qui a pu être interprétée comme le résultat d’un déficit d’ambition. Alors qu’ils pouvaient prétendre à des filières générales et technologiques, ils privilégiaient davantage les filières courtes et professionnalisantes.


EMALA : Un « plus de maîtres » rural

Instituées en 1984, les Équipes mobiles académiques de liaison et d’animation (EMALA) prévoient qu’un « instituteur se déplaçant dans un véhicule […] effectue des tournées régulières dans les petites écoles isolées ». Dans les départements où ils existent, les EMALA coordonnent des projets, interviennent dans les classes et mettent à la disposition des équipes un matériel adapté (ludothèque, bibliothèque, matériel d’EPS, de sciences…) Ce « plus de maîtres que de classes » rural constitue une chance de réduire les inégalités territoriales et devrait être généralisé.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- L’école à l’épreuve des mutations territoriales
- Enquête SNUipp : le visage de l’école rurale
- Convention : Échange postes contre réorganisation
- Yves Alpe : « Il n’y a pas de déficit des élèves ruraux en terme de réussite scolaire »
- Yonne : un RPI en mouvement
- Michel Baron (FNER) « Pour des écoles rurales de qualité et de proximité »