Dossier : "Nouveaux programmes | Reprendre le cours de l’histoire "
« Il faut travailler sur l’urgence du passé »
18 décembre 2013

Benoît Falaize est professeur agrégé d’histoire à l’ESPE de l’Université de Cergy Pontoise. Il vient de terminer une thèse de doctorat qui porte sur l’histoire de l’enseignement de l’histoire. « ne pas transformer l’histoire en antiquité nationale. »

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- Comment a évolué l’enseignement de l’histoire à l’école ?

  • On vit avec l’idée un peu mythologique d’un enseignement de l’histoire centré sur le roman national qui aurait eu son âge d’or avant les années 60. Mais c’est une image et la réalité était beaucoup plus complexe. Si le roman national était effectivement transmis par des enseignants à l’aise dans ce domaine, les courants d’éducation nouvelle étaient déjà là et avaient plus comme objectif d’éveiller la curiosité des élèves. D’autres enseignants ne faisaient pratiquement pas d’histoire. L’évaluation de ce prétendu âge d’or peut se faire par les résultats au certificat d’étude qui bornait à l’époque l’acquisition des connaissances. On s’aperçoit que les élèves étaient uniquement capables de répondre à des questions courtes et que beaucoup échouaient à cet exercice simple. C’est d’ailleurs l’appauvrissement progressif de cet enseignement dans les années 50 60 qui a conduit à la directive de 69 introduisant les activités d’éveil.

- Avec quelle efficacité ?

  • La difficulté qu’ont eu les enseignants à s’emparer de cette démarche a en fait généré une lente dégradation puisque près de la moitié des enseignants ont carrément arrêté de faire de l’histoire en classe. Une illustration d’un phénomène propre à l’école et qu’on retrouve à toutes les époques : les pratiques sont toujours premières aux prescriptions. C’est ce qui est arrivé aux programmes de 2002, plutôt bien construits et réfléchis mais compliqués intellectuellement et difficiles à mettre en œuvre. Les enseignants ne s’en sont pas emparés, favorisant le retour en arrière nostalgique de 2008.

- Quelle est la situation aujourd’hui ?

  • On trouve une coexistence des pratiques héritières des réformes successives : le roman national, le travail par groupe à partir de documents ou un travail à l’aide d’un manuel plus proche de ce qui se fait dans le second degré. Avec aussi des enseignants qui ont jeté l’éponge ! Ce qui domine chez les professeurs d’école c’est la perception que l’enseignement de l’histoire est très difficile.

- Pourquoi ce sentiment ?

  • En histoire, la somme des connaissances est infinie et pas un historien ne peut prétendre en avoir fait le tour. De plus les débats qui agitent la discipline entre l’ouverture de l’enseignement à la nation, à l’Europe, au monde, l’importance donnée aux grands événements ou à la vie quotidienne font qu’ils n’y a pas de savoir stabilisé. Tout ça engendre de l’incertitude.

- Comment sortir de cette complexité ?

  • Déjà en faisant ce que l’on sait faire. Quand on aime ça et qu’on le fait bien , il n’y a rien de ringard à raconter en classe, à pratiquer le récit historique. C’est au contraire quelque chose de moderne qui passe très bien auprès des élèves. D’autres peuvent travailler à partir de documents s’ils se sentent à l’aise avec cette pratique L’essentiel est de prendre les idées qui marchent et de varier les formes d’entrée.

- Qu’attendez-vous des nouveaux programmes ?

  • A l’école élémentaire, il s’agit moins de faire apprendre que de faire comprendre. L’essentiel tourne autour de deux idées : déjà, transmettre le goût de l’histoire. L’histoire conçue comme un empilement de savoirs, c’est très ennuyeux alors que les élèves se passionnent pour tous les rapports de domination , de tolérance, de solidarité... Ensuite s’intéresser au sens de l’histoire, comprendre ce qu’elle nous apprend : aborder la démocratie, la guerre, l’immigration... et ceci en lien avec l’actualité. Il faut travailler sur l’urgence du passé.

- Faut-il renoncer aux dates et aux grands événements ?

  • Non, mais se contenter de cela sans avoir d’approche politique, c’est transformer l’histoire en antiquité nationale. Si on prend l’exemple de François 1er, il vaut mieux avoir compris que la Renaissance, c’est l’essor de l’humanisme qui a comme corollaire , la remise en cause des pouvoirs arbitraires que se rappeler de la date de Marignan. De toute façon, on a ensuite tout le collège pour compléter l’acquisition des connaissances. L’important avec l’histoire , c’est de donner aux élèves les matrices de la compréhension du monde.