Dossier "Enseigner les langues étrangères : ¡ Lo podemos !"
« Il faut dépasser l’entrée par le lexicalisme »
8 janvier 2016

3 questions à Martine Kervran, Maître de conférences en didactique des langues à l’ESPE de Bretagne

Quelles compétences doit maîtriser un PE pour enseigner les langues 
à l’école primaire ?

La partie linguistique sur laquelle on a très longtemps insisté devrait être un préalable pour permettre de consacrer la formation à la didactique. Cela suppose que la langue soit choisie par le stagiaire. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes arrivent en formation avec un niveau de langue suffisant pour le primaire, mais pas forcément en anglais. Le statut qu’on réserve aux langues où elles ne figurent même pas dans les disciplines optionnelles pour l’admission au concours montre qu’on ne considère pas la didactique essentielle dans ce domaine.

Quelle est cette didactique qu’il faut transmettre aux jeunes enseignants ?

Il faut leur faire dépasser l’entrée par le lexicalisme, cette idée qu’on doit commencer à enseigner des mots de vocabulaire aux élèves au prétexte qu’ils sont très jeunes. En fait, les enfants rentrent dans le langage aussi par la phrase. Ensuite, insister sur le contenu des activités langagières. Parmi les huit définies par le cadre européen, il ne faudrait pas se limiter aux cinq premières sélectionnées par les programmes mais travailler aussi par exemple la compétence de médiation importante pour passer d’une langue à l’autre et pour l’apprentissage du français. La formation doit montrer aux stagiaires que c’est la compréhension orale qui prédomine en tout début d’apprentissage et qu’il faut développer avec les plus jeunes : compréhension de récits, de documents authentiques, de messages audios, de conversations...

Le recours aux flashcards et aux listes de vocabulaire est une façon pour les enseignants de se rassurer...

Oui mais pas de s’adapter à des élèves qui ne progressent pas tous à la même vitesse. Dans les nouveaux programmes, on spécifie bien que le niveau A1 demandé en fin de CM2 est un minimum, on peut aller en A2 ou en B1 dans certaines activités langagières dont la compréhension. Au lieu de reprendre inlassablement les présentations et les salutations et d’entrer par les contenus linguistiques, on peut choisir des entrées culturelles comme par exemple les indiens d’Amérique, Londres ou la nourriture en Australie. Aujourd’hui de nombreux supports sont disponibles sur internet. Ensuite, il faut dissocier ce qu’on est capable de comprendre des activités de production orale et écrite, pour lesquelles les exigences peuvent être moins élevées. Un autre aspect important que permet l’école primaire, c’est de faire jouer l’interdisciplinarité : en faisant un peu d’EPS en anglais ou de sciences en espagnol, on gagne à la fois du temps, de l’efficacité et du sens.


L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- État des lieux : Yes we can, but…
- « Il faut dépasser l’entrée par le lexicalisme » - 3 questions à Martine Kervran, maître de conférence en didactique des langues à l’ESPE de Bretagne
- Saint-Saturnin (Puy-De-Dôme) : Communiquer avec les autres tu apprendras
- Au Mans : Dear Papà Noely…
- « Le monde, ce n’est pas uniquement le monde anglophone » - Entretien avec Michel Candelier, Chercheur en didactique, coordinateur du projet CARAP au Conseil de l’Europe