Cinéma
Heillecourt  : une classe bien animée
7 avril 2015

La réalisation en classe d’un film d’animation.

« Combien on a de temps de tournage depuis hier  ?  » demande Yassine Belabid aux élèves qui travaillent avec lui en cette fin de matinée, dans le local RASED transformé en studio de tournage. Albert regarde l’écran de contrôle  : «  On a déjà 696 images  ». «  Un peu moins de 28 secondes  » répond sans hésiter Marceau. Quoi de plus naturel puisqu’ils ont appris lors de leur visite au musée du cinéma de Saint-Nicolas-de-Port qu’au cinéma il y avait 24 images/seconde. L’automatisme du calcul mental favorisé par les besoins. Donner du sens aux apprentissages, c’est l’aventure à laquelle Yassine Belabid convie ses élèves de cm2 de l’école Emile Gallé de Heillecourt, petite commune de la banlieue de Nancy (54). C’est alors qu’il enseignait au Maroc en 2005, après un stage de formation au film d’animation, qu’il se lance avec sa classe. Et depuis l’aventure se poursuit chaque année. «  C’est un projet qui court sur toute l’année  » explique l’enseignant. «  On a démarré en octobre, on tourne le film en ce moment, on ira à Chartres à Cinéclap en juin et les résultats de Festimaj c’est seulement fin juin. Les élèves aiment ce travail en équipe qui va demander persévérance, autonomie, entraide. La gestion du temps et du groupe c’est le plus compliqué  » poursuit-il.

Donner du sens aux apprentissages

Cette année c’est l’histoire imaginée par Enzo l’année dernière qui a été le point de départ du projet qu’ils se sont tous approprié. Une histoire de fraternité sur fond de guerre 14-18, dont le sujet reste le secret de la classe. Projet global s’il en est, tous les apprentissages vont trouver leur place. La visite du fort de La Falouze, zone de repos, ou du champ de bataille de Saint-Mihiel, avec ses tranchées et ses postes de tir, font approcher la vie quotidienne des poilus. «  On a vu des uniformes, des casques, et après on a cherché sur internet quand on a fabriqué les objets pour le tournage  » explique charlotte. «  On a appris comment fabriquer des barbelés et des techniques pour la pâte à modeler   » poursuit Louison. Les dessins en perspective ont donné du sens aux lignes de fuite, aux premier et second plans. La sortie au musée du cinéma leur a fait comprendre que le choix de l’échelle d’un plan définit un point de vue. «  On travaille sur le film et en même temps on fait de l’école  » explique Savine.

Techniciens de l’image et du son

«  Sans s’en rendre compte, ils écrivent beaucoup tout au long de l’année  » explique Yassine. Chacun écrit un storyboard qui nécessite une cohérence. Les lectures en réseau, les commentaires permettent d’en faire une compilation définitive qui débouche sur la construction des décors, des personnages… à différentes échelles. La semaine de tournage reste le temps fort du projet. Par équipe de quatre ou cinq élèves, chacun occupe à tour de rôle chaque poste  : animation, prise de vues, écran de contrôle pour assurer la fluidité des déplacements, contrôle de la luminosité. «  Quand il y a des différences de luminosité, on passe une feuille blanche devant l’appareil qui est obligé d’accommoder  » explique Méline. Ils ont écrit une chanson, un ami musicien proposera un thème, qu’ils vont chanter et enregistrer sur le générique, caler les musiques d’ambiance et faire les bruitages. Même si Clotilde confie que «  ça fait flipper de participer à un festival   », la cerise sur le gâteau c’est le voyage à Chartres pour Cinéclap, festival de vidéo scolaire et universitaire où ils partent quatre jours entre visite de la ville, ateliers autour du cinéma d’animation et projection des films en compétition. De quoi se faire de beaux souvenirs de leur année de cm2 qu’ils quitteront chacun avec un DVD de leur film et des coulisses de l’année.




Trois questions à Anne-Claude Lumet, codirectrice et coorganisatrice du festival Festimaj

Quelles actions menez-vous auprès du public scolaire  ?

Nous proposons des ateliers cinéma écriture et réalisation de films mais aussi des actions d’éducation à l’image auprès d’enfants et de jeunes en France et à l’international. Les ateliers sont proposés sur des temps courts ou à l’année. En plus de l’écriture du scénario et la réalisation avec une approche théorique dans les stages courts, pour les stages à l’année, nous ajoutons la découverte et à l’analyse de films et de l’image en général.

Quel est l’intérêt pour les classes de participer à Festimaj  ?

Pour les élèves, quel que soit leur âge, participer à toutes les étapes de création d’un film permet de les sensibiliser à la composition d’une image. Ils perçoivent ainsi le travail qu’il faut pour réaliser un film et ont un regard beaucoup plus aiguisé sur les images qu’ils consomment. Festimaj offre la possibilité de recevoir tous les films en compétition. Les élèves font ainsi un tour du monde en images qui leur permet de débattre et leur donne envie de raconter leurs propres histoires. Voter pour un film leur permet aussi de prendre position et d’exercer leur esprit critique.

Quels sont les types de productions réalisées par les élèves  ?

C’est très divers car tous les genres et toutes les techniques sont représentés à Festimaj et c’est ce qui en fait sa richesse. Il n’y a pas de genre ou de thèmes imposés mais nous retrouvons parfois des thématiques et des préoccupations identiques dans certaines productions. Ce festival est vraiment le reflet de ce que vivent ou pensent les enfants et les jeunes du monde.


Ressources

Le site à Yassine
Ce site a d’abord pour objectif de comprendre comment réaliser un film d’animation avec le déroulement du projet, les objectifs et les champs disciplinaires. On y trouve une riche rubrique ressources (sites sur le cinéma d’animation, logiciels, festivals, livres) ainsi que tous les films que Yacine Belabid a tournés avec ses élèves…et celui de cette année dès sa sortie
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Lire et écrire des images
Le festival Lire et écrire des images créé par l’OCCE assure, depuis 1988, la promotion et la diffusion de productions d’élèves, de la maternelle au lycée. Les films sont un support motivant pour l’éducation à la lecture et à la critique de l’image en mouvement et les objectifs du festival sont d’éduquer les jeunes activement au langage audiovisuel par un moyen original d’expression et de communication. Petite particularité du festival  : les films sont copiés sur des DVD de compilation qui permettent le fonctionnement délocalisé et coopératif des jurys : jury des professionnels et 2 jurys d’élèves (Auteurs et Spectateurs).
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