Contribution programmes
Géographie au cycle 3 : Thierry Philippot
22 septembre 2013
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Thierry Philippot, Maître de conférence en sciences de l’éducation et membre du laboratoire d’études et de recherche sur la professionnalisation (LERP) esquisse quelques orientations pour un programme de géographie au cycle 3.

Questions préalables

La question des contenus d’un programme peut difficilement être abordée sans prendre en compte a minima quatre éléments. Le premier a trait aux finalités de l’enseignement à l’école primaire et tout particulièrement à celles qui sont assignées à l’enseignement des disciplines scolaires à partir du cycle 3 : qu’attend-on de l’enseignement de la géographie à l’école primaire ? Le second est relatif à la place du cycle 3 dans l’ensemble du parcours scolaire des élèves, entre découverte du monde et logique des disciplines scolaires à partir de la classe de 6e : comment assure-t-on l’entrée des élèves dans la discipline scolaire géographie ? Quels apprentissages en géographie ? Le troisième élément renvoie à la question des références sur lesquelles fonder le programme et donc au lien entre géographie académique et géographie scolaire : sur quel paradigme construire cet enseignement ? Le quatrième élément à prendre en compte concerne les enseignants eux-mêmes, leurs pratiques d’enseignement de la géographie, leurs conceptions de cet enseignement afin de proposer un programme d’enseignement qui soit acceptable et faisable à leurs yeux. Ce sont les enseignants qui dans le quotidien de la classe mettent en pratique les programmes d’enseignement.

Initier à la complexité

Partant de ces quatre points il semble possible d’avancer quelques pistes de réflexion pour l’élaboration d’un programme d’enseignement qui doit être envisagé dans un continuum « école primaire » « collège ». Dans cette perspective le programme du cycle 3 n’est plus à penser comme une somme de connaissances à acquérir une fois pour toute, comme une réduction des programmes de géographie du second degré, mais comme un programme visant une initiation géographique des élèves, voire une première éducation géographique. Les finalités de l’enseignement de la géographie sont multiples, mais on peut avancer qu’un enjeu essentiel de l’enseignement de la géographie au cycle 3 est de permettre aux élèves de construire progressivement une grille de lecture et de compréhension du monde d’aujourd’hui. Les élèves vivent dans un monde complexe, ouvert et dynamique, leurs espaces quotidiens bruissent des bruits du Monde, sous diverses formes le Monde est présent dans leurs espaces proches. Le programme de géographie devrait donc leur permettre de s’initier à cette complexité, aux interactions entre les différents espaces et différentes échelles, aux divers enjeux et jeux d’acteurs qui marquent l’organisation des territoires dans lesquels vivent les élèves. Une conséquence de cette proposition serait de rompre avec une logique, infondée, du programme de géographie qui serait de partir « des réalités locales », par ce que simples et proches de l’élève pour aller vers le Monde complexe. Aussi, comme on apprend à l’école primaire à lire et à écrire en français, le programme de géographie devrait permettre aux élèves d’appendre, et aux enseignants de faire apprendre, à lire et à écrire le Monde en géographie et donc à construire et maîtriser progressivement les concepts (le vocabulaire), les langages et les modes de raisonnement de cette discipline. Autrement dit, l’enjeu serait de faire entrer les élèves dans la culture géographique, d’initier l’élaboration d’un rapport géographique au monde.

Situations problèmes

Le programme pourrait être structuré pour les trois années à partir d’entrées qui renvoient à des besoins et aux relations des Hommes vivant en société : habiter ; travailler produire ; se déplacer communiquer échanger ; se récréer, etc. Deux démarches pourraient être mises en avant : les études de cas, les situations problèmes. L’étude de cas, par exemple, dans son principe de mise en œuvre permettrait d’apprendre aux élèves à situer un espace à différentes échelles (et donc acquérir peu à peu des repères) en mobilisant différents outils ; à analyser et caractériser un espace géographique (mise en place du vocabulaire, des éléments de raisonnement) ; à inscrire ce cas dans un contexte plus général, ce qui autorise le passage d’Ici à Ailleurs (découverte, connaissance, compréhension de l’Autre) et favorise les processus de généralisation/conceptualisation. Des études de cas relevant des espaces proches où vivent les élèves, ainsi que des études de cas choisies Ailleurs en France, en Europe et dans le Monde pourraient être proposées dans le programme.

Un programme de géographie vivant et dynamique, pensé pour les élèves et les enseignants, qui aident les élèves dans leur diversité à mettre de la distance dans un quotidien qui en manque singulièrement.