Rapport de la Cour des comptes
Formation continue : oui, il y a urgence
14 avril 2015

Alors que la Cour des comptes s’alarme de la faiblesse de la formation continue dans l’Éducation nationale, pour le SNUipp-FSU, faire évoluer les pratiques professionnelles et transformer l’école suppose de mettre le paquet sur la formation continue des enseignants. Alors oui, il y a urgence !

La Cour des comptes vient de rendre public un référé sur la formation continue des enseignants. Sa conclusion est alarmante : « les enseignants de l’Éducation nationale ne sont pas dans une situation aussi favorable qu’elle pourrait le paraître en matière de formation continue, en comparaison avec les autres agents de catégorie A, aussi bien qu’avec leurs homologues étrangers ». Trois jours et demi par an de formation pour le primaire, soit deux fois moins que dans les autres pays de l’OCDE, le peu d’offre de formation continue est clairement montré du doigt.  Dans ce référé, l’état de la formation continue en France est même surévalué puisque les 730 000 journées de formation pour le premier degré avancées par la Cour des comptes comptabilisent également les journées d’animations pédagogiques inscrites dans les obligations de service des enseignants. En réalité, selon le bilan social du ministère, pour l’année 2012/2013, le primaire n’aura bénéficié que de 489 400 journées de formation continue hors animation pédagogique. La Cour des comptes met également à l’index l’Éducation nationale pour défaut de remboursement des frais de déplacement, de restauration et d’hébergement. 

Ce nouveau rapport appelle, plus que jamais, le ministère à prendre à bras le corps le sujet de la formation continue, comme l’a encore demandé le SNUipp-FSU lors du dernier CSE du 10 avril.  Il ne suffit pas de multiplier les annonces ou d’empiler les décrets pour faire avancer l’École. Encore faut-il accompagner les enseignants en développant leur formation continue. Or, la formation, notamment continue, reste bien le grand mystère de la politique éducative actuelle : le ministère en parle beaucoup, les enseignants ne voient rien venir. Comment, dans n’importe quel métier aujourd’hui, oserait-on faire croire à une refondation sans formation continue ? C’est pourtant le tour de passe-passe auquel nous assistons depuis plus de deux ans. Deux à trois heures d’animations pédagogiques par ci, un parcours m@gistère en ligne par-là, et hop, maintenant, nous voilà prêts pour changer l’école !

Le défi pour notre système éducatif est pourtant sérieux. 15% des élèves entrent au collège sans maitriser les compétences de base. C’est tout simplement insupportable. Tout le monde sait bien qu’il faut agir, à la fois sur l’école primaire et sur le collège. L’école maternelle a son rôle à jouer pour faire progresser tous les élèves et barrer la route aux premières difficultés scolaires. A la rentrée prochaine, de nouveaux programmes de maternelle arrivent : ils sont de qualité. Comment comprendre alors qu’il n’y ait pas de plan de formation pour aider les enseignants à se les approprier ? 

La vraie refondation de l’école, ce doit être celle de la formation continue. C’est la ligne adoptée par tous les pays qui ont réformé avec succès leur système éducatif. C’est cette voie que notre pays doit absolument emprunter au plus vite. Sinon, rien ne bougera et on demandera encore aux enseignants de tout porter sur leurs épaules et de se débrouiller tout seul avec le risque de créer du découragement. La formation continue, c’est ce qui permet aux enseignants de réactualiser leurs connaissances sur les apprentissages des élèves, de faire évoluer les pratiques professionnelles, de travailler autrement.  Formation continue, il y a urgence. 

Paris, le 14 avril 2015