Interview
Fenêtres sur cours : une circulation des savoirs
16 juin 2014

A l’occasion de son 400ème numéro, Fenêtres sur cours a demandé à André Robert* de livrer son sentiment sur la presse syndicale enseignante et la place particulière qu’y occupe la revue du SNUipp-FSU.

Quel rôle tient la presse dans le fonctionnement d’un syndicat ?

Historiquement, il n’y a pas eu d’activité syndicale sans communication écrite avec les syndiqués et les membres de la profession. La presse syndicale a joué et continue à jouer un rôle extrêmement important en tant que cristalliseur et diffuseur des positions syndicales. Les formes peuvent être diverses, du simple bulletin à la revue et varient dans le temps à la mesure de l’activité et de la puissance de l’organisation. On peut donc arriver à des publications qui vont au-delà de la simple circulation d’informations parmi les syndiqués, outils de mobilisation et de réflexion.

Y a-t-il une spécificité de la presse syndicale enseignante ?

Par tradition, elle est un support pour les positions syndicales, mais est aussi marquée et c’est une des raisons de son succès, par son embrayage sur les questions pédagogiques. L’école libératrice par exemple, de 1929 jusqu’à 1992, proposait des suppléments pédagogiques qui fournissaient aux instituteurs de véritables leçons modèles extrêmement prisées. On ne peut plus aborder les choses de la même manière : cette démarche ne renvoyait pas spontanément le lecteur à une vraie réflexivité, mais l’articulation syndicale aux questions directement professionnelles dans la classe reste aujourd’hui un trait spécifique qui mérite d’être souligné.

Que penser de « Fenêtres sur cours » dans ce contexte ?

Comme le SNUipp-FSU, Fenêtres sur cours a amené dans le 1er degré une forme de renouveau par rapport à la tradition de l’École libératrice. La revue a importé les techniques du journalisme moderne dans la presse syndicale. Elle a aussi transformé les rubriques et les modes de lecture. Les éditoriaux sont devenus des interventions très brèves et des amorces à la lecture de la revue qui ne s’expriment plus sur le mode de prêt-à-penser. La maquette plus moderne, jouant sur la typographie et les couleurs très vives renvoie à la volonté du SNUipp de « redonner des couleurs à l’école ». Clin d’œil aussi à un journalisme jouant sur les mots, à l’image du titre « Fenêtres sur cours », la polysémie et le s du mot cours renvoyant à la pluralité des regards et au pluralisme du syndicat.

Avez-vous observé des évolutions ?

Les rubriques se sont stabilisées pour permettre au lecteur de se repérer dans le journal et de prendre des informations rapides et synthétiques sur l’actualité et les actions syndicales ou de s’intéresser à l’activité professionnelle au travers des rubriques métier ou du dossier. On n’y livre plus des solutions clés en main à l’enseignant mais plutôt les moyens d’activer sa réflexion critique. Autre trait important : le dialogue avec les chercheurs et l’univers de la recherche, soit grâce à une parole directe dans les interviews, soit à travers des articles qui y font référence. On peut parler d’une hybridation discours syndical- discours de recherche et d’une circulation permanente des savoirs issus de la recherche dans Fenêtres sur cours.

La forme papier a-t-elle de l’avenir à l’ère des nouvelles technologies de communication ?

Pour une génération comme la mienne, le support papier reste irremplaçable. Le fait de pouvoir accéder librement à une version numérique est un plus. Mais ce couplage désormais classique est-il suffisant ? Il me semble qu’on peut imaginer d’autres évolutions. On pourrait développer par exemple des émanations numériques de Fenêtre sur Cours composées d’informations essentielles et synthétiques arrivant directement sur les smartphones et tablettes. La question de l’interactivité entre lecteurs et journalistes, syndicalistes, personnalités invitées mérite aussi d’être envisagée, sous forme de chats ou autres modalités. Toutes ces formes exigent réflexion, et devraient évidemment être régulées. Concernant la pédagogie, il reste important de développer les liens réels et virtuels avec les organisations pédagogiques. L’idée du « Parlement des invisibles » et de la mise à disposition de récits de vie professionnelle est aussi une piste intéressante.

*André Robert, professeur à l’Institut des sciences et pratiques d’éducation et de formation de Lyon consacre une grande partie de ses travaux de recherche au syndicalisme enseignant avec un regard particulier sur l’évolution de ses journaux.