Entretion avec Claire Leconte
« Faire sauter le verrou des 9 demi-journées »
5 mai 2014

Fenêtres sur Cours a rencontré Claire Leconte, enseignante, chercheuse en chronobiologie. Entretien.

Claire Leconte est professeure émérite de psychologie de l’éducation et chercheuse en chronobiologie, spécialiste des rythmes de l’enfant et de l’adolescent. En 2014, elle a publié « Des rythmes de vie aux rythmes scolaires : une histoire sans fin », aux Presses Universitaires du Septentrion


- Quelles observations faites-vous sur la réforme des rythmes scolaires ?

Je lui fais de nombreuses critiques. La première c‘est que ce n’est pas une réforme. On est plutôt dans un aménagement superficiel, à la marge de l’emploi du temps scolaire, qui ne permet pas d’inciter à la réflexion sur les contenus des temps aménagés. La deuxième, c’est qu’on ne fait que suggérer aux collectivités de boucher les trous libérés par cet emploi du temps sans les y obliger. La troisième, c’est qu’on n’a pas pris le temps des formations et informations nécessaires, ni celui d’une concertation qui aurait permis la construction de projets ayant du sens. Hélas les mesures annoncées par M. Hamon ne corrigent pas ces lacunes. On continue de demander aux enseignants de rendre très vite un emploi du temps avec des cases vides à remplir plus tard. Le ministre a-t-il si peu confiance dans les enseignants et leur capacité à gérer l’organisation des temps scolaires qu’il se sent obligé de redéfinir, plus encore que le décret Peillon, des cadres stricts sur des 1/2 journées, comme ça ne se faisait plus depuis le cadre national des lois Ferry en 1887 ?

- Quel est point de vue de la chronobiologiste ?

La méconnaissance des rythmes biologiques des enfants a entrainé des erreurs dans les organisations des temps. Les communes avec lesquelles je travaille réorganisent la pause de midi parce qu’elles ont compris que ce creux méridien avec une baisse physiologique était incompatible avec certaines activités.

- Quelles sont vos propositions ?

Je souhaite qu’on revienne à une réflexion sur une semaine de 4 jours et demi ou 5 jours et qu’on abandonne la référence aux 9 demi-journées comme cela était dit dans tous les textes avant la réforme Darcos en 2008. Cela permettrait d’innover dans la gestion des temps scolaires. Ensuite il faudrait partir du principe connu et avéré que le matin n’a rien d’équivalent à l’après-midi du point de vue de la disponibilité des enfants. Il faut aussi réfléchir à la séquentialisation des activités pédagogiques en classe. Et comprendre que les activités périscolaires qui doivent permettre une ouverture culturelle ne fonctionneront que si elles ne sont pas occupationnelles, bouche-trous, mais inscrites sur des plages suffisamment longues pour y développer de vrais parcours éducatifs. Il faut enfin accepter d’entendre que les enseignants ont eux aussi besoin de temps pour gérer toutes leurs activités invisibles comme l’a montré la Cour des comptes qui chiffre leur temps de travail à 41h en moyenne hebdomadaire.

- Un exemple ?

Si on propose cinq matinées de 4h, ce qui ne serait plus possible avec le nouveau décret, on peut travailler sur des alternances réfléchies de séquences d’apprentissage. On les complète avec deux aprèsmidi de deux heures avec des activités moins coûteuses sur le plan cognitif, car les allègements sont bien plus cognitifs qu’horaires. Ce qui laisse deux après-midi pour les activités non scolaires permettant ainsi d’y placer des parcours. Ces après-midi seraient alors réservées aux travaux personnel et d’équipe des enseignants, leur conférant ainsi une possible gestion de leur travail libérée des temps trop contraints.

- Un mot sur la spécificité de la maternelle…

Plus encore qu’en élémentaire, le matin est à privilégier. Cela donne du temps aux activités, on fait avancer les enfants beaucoup plus vite mais sans les bousculer. L’après-midi peut être consacrée à la sieste pour tous ceux qui en ont besoin sans qu’on ait à les réveiller mais aussi à des activités de découverte.

- Une certaine souplesse dans différentes organisations vous semble-t-elle possible ?

Monsieur Peillon a dit qu’on pouvait peut-être assouplir mais qu’il ne fallait surtout pas en venir à libérer un vendredi après-midi. Ce n’était pas l’objectif des communes. Celles-ci cherchaient simplement à ne pas libérer les mêmes après-midi dans toutes les écoles afin de réduire le nombre d’animateurs nécessaire et les besoins en locaux. Cela permet de mieux gérer les personnes encadrant les enfants et d’installer des emplois d’animateurs à temps plein et pérennes. La souplesse prend alors tout son sens pour peu qu’on fasse sauter le verrou des 9 demi-journées. On peut tenir compte ainsi des besoins et des ressources territoriaux tout en respectant un cadrage national à 5 jours avec une priorité aux matinées d’école.