Faire évoluer la fonction de direction, une priorité !
12 novembre 2013

Hervé Duchauffour est maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Espe de Paris-Université Paris Sorbonne (après avoir été enseignant spécialisé et formateur en IUFM où il a eu diverses responsabilités).

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- Quels sont pour vous les éléments saillants de l’enquête ?

  • La nécessité de voir évoluer la situation et ne pas laisser en l’état la direction d’école ! On peut comprendre cette unanimité face à des textes qui régissent la fonction et la formation datant de 1989. Pourtant, les missions ont évolué et la charge de travail a augmenté. Deux exemples : la scolarisation des élèves en situation de handicap et l’aménagement du temps scolaire, qui ont mené les directeurs à être à l’interface du monde scolaire et du monde familial et médical dans ses liens avec la MDPH, et avec l’univers municipal et associatif. Autre point saillant : les revendications salariales sont à un taux quasiment égal avec celui de l’aménagement du temps de travail des directeurs, ce qui est une nouveauté. On peut comprendre cette évolution par la pression qui pèse sur les directeurs et sur la charge de travail qui leur apparaît comme un puits sans fond. La demande d’exonération des APC peut s’expliquer par le besoin de mener l’activité de direction quand les directeurs ne sont pas face à leur classe. Enfin, il me semble important de s’arrêter sur le besoin de recentrer les missions, voire de les rendre plus explicites, devant l’éparpillement de leurs activités.

- Être directeur demande-t-il des compétences spécifiques ?

  • Être directeur demande effectivement un certain nombre de compétences qui vont au-delà de celles attendues par tous les enseignants. En ce sens, assumer des missions de direction conduit bien à mener une activité spécifique. De là à parler de métier ou d’un métier, cela me semble périlleux et cela pour plusieurs raisons. Il n’existe pas en effet un modèle de direction. Nombre de directeurs ne se revendiquent pas comme directeur mais comme enseignant ayant une charge de direction. D’autant que l’activité de direction d’une école de trois classes en campagne ressemble peu à celle d’une école de quinze classes en zone prioritaire. Le terme « fonction » telle que l’a voulue le législateur semble être plus juste puisqu’elle s’applique à l’ensemble des directeurs et directrices quel que soit le contexte dans lequel ils exercent. Quelles sont justement ces compétences ? Comme boutade, je vous répondrai tout d’abord maîtriser parfaitement les compétences attendues d’un professeur des écoles, mais bien sûr, exercer la fonction de directeur conduit à maîtriser d’autres compétences, notamment dans la gestion d’un capital matériel et plus important encore, un capital humain. Cela impose d’être en capacité d’animer une équipe, de prendre des décisions, de conduire des réunions, de jouer un rôle de médiateur, mais aussi être dans la capacité d’impulser. Si je me réfère à la définition retenue aujourd’hui pour la compétence, je dirais que le directeur doit avoir un bagage de connaissances des programmes et de leur mise en œuvre, du fonctionnement de l’école et d’une équipe, des capacités à organiser le travail visant à la réussite de tous les élèves et des aptitudes à faire vivre des relations humaines de manière harmonieuse sachant que l’ouverture de l’école est aujourd’hui une demande sociale qu’on ne peut ignorer.

- Que devrait être une formation de directeur à votre avis ?

  • Il semble assez paradoxal que la formation soit encore fondée sur des textes aussi anciens. Comment imaginer que la refondation de l’école ne passe pas par une refondation de la formation des directeurs ? Le problème du temps qui manque renvoie pour moi à des difficultés d’organisation, donc à une non-maîtrise d’un certain nombre d’outils et méthodes de gestion, et pourrait être travaillée dans le contexte d’une formation professionnalisante. Par ailleurs, la place quotidienne donnée à la vie de l’école et aux relations humaines devrait être au cœur de la formation. Pourtant, l’analyse des plans de formation montre qu’il existe une centration sur des aspects administratifs ou de sécurité. La durée même de la formation semble incompréhensible alors que l’inspection générale reconnaît l’importance des missions du directeur. Et si on constate l’importance de l’accompagnement de l’entrée dans les métiers, on pourrait penser un accompagnement plus soutenu une fois la prise de poste effectuée, entre autres avec des modalités qui ressembleraient plus à une analyse des pratiques, une mutualisation de celles-ci qui pourraient être complétées par des apports plus théoriques en fonction des besoins. Les outils et méthodes existent, reste à les employer.