Dossier "Inspection : changer de rapport"
Évaluation : quelles évolutions ?
3 octobre 2014

Les griefs ne manquent pas contre l’inspection en classe telle qu’elle est définie par les textes. Mais comment la faire évoluer ?

Infantilisante, archaïque, stressante, injuste, trop rare... Les griefs ne manquent pas contre l’inspection en classe telle qu’elle a été définie par des textes qui datent de 1983. Mais quand Luc Chatel essaie en 2011 de modifier les modalités d’évaluation des enseignants, il se heurte à une opposition massive. En proposant un entretien professionnel régulier, le ministre de l’époque tente d’étendre aux enseignants une pratique d’évaluation qui s’applique à l’ensemble des fonctionnaires depuis un décret datant de 2010. Mais il modifie aussi l’avancement dans la carrière en ralentissant encore son rythme. La levée de boucliers qui s’ensuit témoigne de l’injustice du système, mais sans doute aussi de l’attachement des enseignants à une visite en classe qui valide leur pratique professionnelle et à une notation culturellement ancrée dans le système éducatif français.

Vers une évaluation collective ?

Pourtant l’inspection à la française, individuelle et sanctionnée par une note qui détermine en partie le déroulement de la carrière a comme du plomb dans l’aile. Bruno Suchaut, auteur d’une étude en 2012 constate que « les modalités d’évaluation actuelles des enseignants parviennent difficilement à mobiliser les acteurs dans une logique d’efficacité, tant sur le plan pédagogique et de la formation que sur le plan de la motivation personnelle.  » Le chercheur rejette la logique de pilotage par les résultats car « la nature et l’efficacité de l’acte pédagogique sont en partie liés au contexte d’enseignement  » et dégage deux principes d’évolution : distinguer l’évaluation du processus d’avancement dans la carrière et préférer l’évaluation collective à l’évaluation individuelle. Des principes déjà en œuvre dans nombre de pays européens comme le montre un récent dossier de l’Ifé sur la question. Il n’y a pas d’évaluation individuelle au Danemark, en Suède, en Norvège, en Espagne ou en Italie où les seuls jugements sur les enseignants sont posés par des acteurs internes à l’établissement. Partout ce sont les inspections d’établissement qui se généralisent effectuées par des inspecteurs dépendant du ministère ou même parfois par des évaluateurs externes répondant à des appels d’offre.

Notation Des grilles très élastiques

Si vous êtes enseignant dans les Bouches-du Rhône, avec 13 à 15 d’ancienneté et que l’appréciation portée par l’IEN sur votre travail est « assez satisfaisant », alors vous aurez une note de 13,75 ou 14. Pour une prestation satisfaisante dans le Calvados, vous aurez entre 15 et 16 au 9e échelon. Au même échelon ce sera 14 pour un « assez bien » dans le Loiret, ou un 16 modulable dans l’Isère. Ces disparités de notation et d’appréciation relevées dans différents départements ont des conséquences importantes sur le déroulement de carrière des enseignants et leur rémunération.

2004-2014 : Une histoire de l’inspection

Préparation à l’Inspection À la prévert « Comment le langage oral est-il mis en oeuvre dans la classe ? Comment intervenez-vous dans le cadre de l’Aide Personnalisée ? Quels sont les conseils donnés lors de la dernière inspection ? En quoi avez-vous modifié vos pratiques ? » Les documents préparatoires à l’inspection rédigés par les IEN peuvent aller du simple document à remplir pour préparer l’entretien, au livret de 6 pages dans lequel l’enseignant doit détailler l’ensemble de sa pratique voire même renseigner des indicateurs de la LOLF. Il semble que certains inspecteurs aient du mal à choisir entre développement professionnel et pilotage du système.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Rapport : L’inspection inspectée
- Trois questions à Paul Devin, IEN, secrétaire général du SNPI-FSU : « Une confrontation d’expertises »
- Val d’Oise : Et si on la jouait collectif ?
- Évaluation : quelles évolutions ?
- Entretetien avec Xavier Pons, maître de conférences en sciences de l’éducation : « Quelle effectivité ? quelle équité ? quelle efficacité ? »