Dossier "Enseigner les langues étrangères : ¡ Lo podemos !"
État des lieux | Yes we can, but…
8 janvier 2016

Depuis son introduction dans les programmes, l’enseignement des langues au primaire s’est heurté à de nombreux obstacles. Aujourd’hui, il est temps de le rendre plus efficace et plus utile pour tous les élèves.

« Un décalage entre les objectifs affichés et la réalité » : le rapport de l’inspection générale (IG) qui se penche en 2010 sur l’enseignement des langues vivantes à l’école primaire a la dent dure. « Des horaires en deçà des horaires réglementaires » ; « des compétences très inégalement traitées, une polyvalence peu mise à profit » ; « une absence de cadrage national, des initiatives contre-productives » ... Les titres des chapitres parlent d’eux-mêmes traçant un portrait peu avantageux d’un enseignement pourtant obligatoire depuis 2002 et dont les contenus et les objectifs avaient été définis avec précision dans les programmes de 2008.

Depuis, si les carences dénoncées par les IG en matière de formation et d’accompagnement perdurent, les enseignements en LV, confortés et étendus au CP par les nouveaux programmes, trouvent un rythme de croisière, assurés désormais en quasi-totalité par des enseignants du premier degré (98 % en 2012-2013). Une note de la DEPP d’avril 2012 qui compare les résultats à la fin du cycle III sur la période 2004-2010 souligne les progrès significatifs des élèves. Ils sont désormais 62,6 % (contre 52,7 %) à maîtriser de façon satisfaisante la compréhension de l’oral et 70, 8% (contre 55,1%) celle de l’écrit. Ceci en anglais majoritairement, car comme on le pressentait dès l’instauration des LV au primaire, c’est l’idiome de Mac Cartney qui se taille la plus large part du cake avec 96, 8 % des groupes d’élèves contre 3, 4 % pour l’allemand, les autres langues, dont l’espagnol et l’italien étant quasiment inexistantes (chiffres DEPP 2014).

Dans ces conditions, les nouveaux programmes qui réhabilitent l’ouverture à la diversité linguistique et culturelle et l’intérêt de l’articulation avec l’apprentissage du français risquent d’être difficiles à appliquer. Dommage aussi de se priver de la compétence dans d’autres langues de nombreux PE et de contraindre les équipes à des échanges de service lourds à organiser et rendant difficiles les pratiques interdisciplinaires. Pour franchir un palier et concrétiser l’ambition d’amener tous les élèves au niveau A1, il faudra sans doute engager des moyens plus importants en termes de formation, d’outils pédagogiques et d’équipement, de possibilités de dédoublements de classes pour favoriser l’expression orale.


L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- État des lieux : Yes we can, but…
- « Il faut dépasser l’entrée par le lexicalisme » - 3 questions à Martine Kervran, maître de conférence en didactique des langues à l’ESPE de Bretagne
- Saint-Saturnin (Puy-De-Dôme) : Communiquer avec les autres tu apprendras
- Au Mans : Dear Papà Noely…
- « Le monde, ce n’est pas uniquement le monde anglophone » - Entretien avec Michel Candelier, Chercheur en didactique, coordinateur du projet CARAP au Conseil de l’Europe