Rythmes et réussite scolaire
Rythmes et réussite scolaire : et si nous faisions le point sérieusement ?
11 mai 2014
  (1 vote)

La réussite des élèves ne peut se réduire à une simple modification des rythmes scolaires. Programmes, effectifs par classe, formation continue, conditions de travail : pour le SNUipp-FSU, il est grand temps de s’attaquer aux vrais sujets

Ces derniers jours, le lien presque mécanique entre réussite scolaire et rythmes scolaires a de nouveau été avancé dans le débat public. Mais, qu’en est-il objectivement ? A ce jour, aucune étude n’a montré que le facteur « nombre de jours d’école dans la semaine » pris de manière isolé jouait, à lui seul, sur la réussite des élèves.

Avant la réforme Darcos, 25 % des élèves étaient à quatre jours avec des vacances raccourcies et des résultats (évaluations CE2 et 6ème) ni moins bons, ni meilleurs qu’ailleurs (1). De plus, les résultats en baisse révélés par PISA, sont ceux d’élèves de 15 ans qui ont tous fréquentés l’école primaire quand elle était organisée majoritairement sur 4,5 jours, avant 2008. Tout le monde crierait à la caricature, à juste titre, si d’aucun s’aventurait à en conclure que la semaine à 4,5 jours est néfaste pour la réussite des élèves. 

Tout n’est pas qu’une affaire de rythmes. Pour le SNUipp-FSU, il faut traiter des vraies priorités. A l’heure où un jeune sur cinq ne maîtrise pas aujourd’hui correctement la lecture à l’issue de sa scolarité (2) et que près d’un tiers des collégiens en éducation prioritaire éprouvent des difficultés face à l’écrit, contre un quart il y a 10 ans (3), notre école doit avoir les moyens de travailler aux conditions pédagogiques de la réussite. Il est d’ailleurs incompréhensible que la révision des temps et celle des programmes scolaires (qui a été repoussée à 2016 pour l’élémentaire) n’aient pas été traitées ensemble.

Les élèves ne vivent pas et n’apprennent pas de la même manière dans une classe de 30 ou dans une classe de 20. Un élève en difficulté ne peut pas y être aidé de la même façon. Or, l’école primaire française se distingue par un nombre d’élèves par classe bien au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. C’est ainsi qu’on n’y compte que 5 enseignants pour 100 élèves alors que le ratio en Finlande est proche de 6,5 et qu’en Italie ou en Norvège, il est compris entre 7 et plus de 9 (4). Une classe maternelle française sur deux compte 25 élèves et plus et dans près de 7 400 classes, 30 élèves et plus (5). La diminution des effectifs par classe et le renforcement conséquent de l’aide aux élèves en difficulté sont aujourd’hui deux nécessités incontournables.

De même, qui peut croire que l’on « refondera » l’école sans offrir une vraie formation continue aux 330 000 professeurs des écoles ? Oui, il faut le dire : elle a quasiment disparu ! Scolarisation des tout-petits, développement du langage, apprentissage de la lecture, de la numération, développement sensoriel, moteur, artistique des élèves… tout cela ne s’improvise pas et requiert des savoirs professionnels de haut niveau régulièrement remis à jour. En 2013, un rapport de l’Inspection générale pointait du doigt une formation continue des enseignants du premier degré « insatisfaisante et rare ». Or, aucune amélioration n’est prévue pour la rentrée prochaine.

Il est plus que temps de traiter des vrais enjeux de notre école et de répondre aux vraies préoccupations professionnelles des enseignants : les conditions d’apprentissages des élèves et les conditions de travail des personnels. Oui, l’école a besoin de réformes. Mais, il faut les prioriser et mettre très rapidement en œuvre celles qui sont déterminantes pour la réussite des élèves.

Paris, le 12 mai 2014

1 : comparatif résultats des évaluations nationales CE2 – 2006
2 : 150 000 lecteurs malhabiles restent au stade du déchiffrage par classe d’âge. (Source : L’état de l’école n°17 – MEN 2007).
3 : Source- le portrait social de la France INSEE 2011
4 : Sources OCDE/CAS février 2011
5 : RERS 2012 DEPP
6 : « La formation continue des enseignants du premier degré est plutôt insatisfaisante et rare » - Rapport IGEN 2013