Dossier "Redoubler C’est dépassé ?"
Et ailleurs : Mais comment font-ils donc ?
8 septembre 2014

Et ailleurs : mais comment font-ils donc ?

Souvent mise en avant par les enquêtes internationales, la Finlande ne fait que très exceptionnellement redoubler ses élèves pendant la durée de la scolarité obligatoire. Le principe d’hétérogénéité n’y souffre pas d’exception tout au long de la scolarité obligatoire, les Finlandais considérant que la mixité sociale favorise la réussite de tous les enfants. Dans ce pays, l’accent est mis sur un suivi précoce et personnalisé de chaque enfant. Il est vrai que les effectifs de classe n’y dépassent pas 20 élèves, que deux maîtres peuvent se partager la classe grâce à la présence généralisée d’assistants et que le travail par petits groupes, respectant les différents rythmes d’apprentissage y est la règle. Surtout, les écoles finlandaises développent, dès qu’une difficulté surgit, une aide individualisée prise en charge par des enseignants spécialisés présents en permanence dans les établissements. En moyenne, ces aides spécialisées concernent 6% des élèves. Par principe, et même en cas de difficultés lourdes, l’école se doit d’être son propre recours, comme souvent en Europe du nord dont plusieurs pays comptent parmi les meilleurs élèves de la classe PISA. Des pays où depuis les années 70 se sont mis en place des systèmes éducatifs qualifiés « d’intégration individualisée  » par Nathalie Mons spécialiste des politiques scolaires. Il en va différemment au Japon ou en Corée où pourtant, là aussi, on ne redouble pas. Dans ces deux pays, et quel que soit leur milieu socioéconomique d’origine, la plupart des enfants sont astreints très tôt à des cours privés après l’école pour combler d’éventuels retards ou mieux se positionner dans des systèmes où la concurrence et l’excellence sont reines. Avec un « coût psychologique  » pour les enfants qui n’invite pas forcément à prendre ces modèles de fonctionnement en exemple.

Rapport Eurydice : Réglementation versus culture du redoublement ?

D’après une enquête Eurydice conduite dans les 27 pays de l’Union européenne, contrairement à certaines idées reçues et « selon la législation en vigueur, il est possible de redoubler une classe au niveau primaire. » dans la plupart d’entre eux. Le principe officiel de la promotion automatique au primaire ne se rencontre que dans un nombre très réduit de pays : l’Islande, la Norvège et la Bulgarie. Pourtant, l’étude montre que malgré des réglementations assez similaires, les taux de redoublement varient fortement d’un pays à l’autre, de 2 % en Grèce à plus de 22 % au Portugal et aux Pays-Bas. Pour les experts d’Eurydice, c’est l’approche par rapport à cette mesure qui diffère énormément. Il y aurait une « culture du redoublement » selon laquelle répéter une année est bénéfique pour les apprentissages de l’élève, une vision partagée par la communauté scolaire. C’est le cas en Belgique, en Espagne, en France ou au Portugal. Et en définitive, le défi majeur résiderait plus dans la remise en question de ces convictions et croyances qu’en des changements de réglementations.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Le redoublement ne peut plus être qu’exceptionnel
- Une exception française en voie de disparition ?
- Des alternatives pour apprendre et rester ensemble
- Du côté des parents : Des adhésions de principe
- Trois questions à Thierry Troncin : « Une rigidité structurelle sclérosante »
- Entretien avec Denis Meuret : « Coûteux, inéquitable et inefficace »