Espace public : où sont passés les enfants ?
26 août 2016

Le déclin de la présence des enfants dans l’espace public n’est pas récent. Un sociologue en explique les raisons et montre comment l’autonomie des enfants tend à s’effacer devant l’anxiété parentale.

Où sont-ils les enfants qui autrefois faisaient des tours de quartier à vélo ? Où sont-ils ceux qui jouaient à la corde à sauter, à la marelle et aux billes sur les trottoirs ou au foot dans la rue ? Clément Rivière, sociologue à Sciences-Po, s’est intéressé au déclin de la présence des enfants dans l’espace public vu au prisme des souvenirs des parents d’aujourd’hui. Dans un récent article*, il montre comment l’autonomie des enfants s’est progressivement érodée au fil du temps. C’est la naissance d’un « sentiment de l’enfance » allant de pair avec le développement de la scolarisation qui ramène les enfants vers les espaces privés. Ce mouvement se poursuit ensuite avec les progrès techniques, la distribution d’eau et d’énergie par exemple, et l’apparition des moyens de communication qui rendent « le fait de rester chez soi plus envisageable ». Des parents d’aujourd’hui, interrogés par le chercheur, confirment ce sentiment que « les temps ont changé ». Ils disent en effet qu’eux-mêmes jouaient davantage dehors, qu’ils utilisaient seuls les transports en commun à un âge où leurs enfants ne les ont pas encore empruntés.

« Une culture de la chambre »

Le sociologue voit trois raisons majeures à cet écart entre générations. D’abord le développement des jeux vidéo, du téléphone portable et d’Internet qui a fait passer les enfants à une « culture de la chambre » sans empêcher les relations avec leurs pairs. D’autre part l’essor de l’automobile qui a réduit l’espace public, désormais perçu par les parents comme beaucoup plus hostile aux enfants. Enfin, les parents perçoivent la société comme moins sûre et craignent autant la pédophilie que les violences interpersonnelles plus fréquentes selon eux que dans le passé. L’auteur montre que les parents sont aussi soumis à de nouveaux standards éducatifs où l’enfant tient une place prépondérante dans la famille et que l’autonomie de leurs enfants est finalement dépendante de leur anxiété grandissante.

*Les Annales de la recherche urbaine, n° 111, 2016, p. 617