Entretien avec Serge Boimare | « Une heure journalière… »
Entretien avec Serge Boimare, Directeur du Centre Claude Bernard à Paris. Auteur de : « Ces enfants empêchés de penser », éditions DUNOD. Serge Boimare Entretien avec « Ils posent problème… »
Serge Boimare propose d’utiliser la culture et le langage pour redonner du sens et de la vitalité aux savoirs proposés pour aider les élèves « empêchés de penser » .
Les enseignants se trouvent parfois démunis face à des élèves pour lesquels ils n’entrevoient pas de solution pédagogique. Quels sont ces enfants ?
- Il y a effectivement des élèves qui rencontrent des difficultés d’apprentissage devant lesquelles le soutien même individualisé ne produit aucun effet. Ces résistants sont essentiellement des « empêchés de penser » . L’empêchement de penser est la conséquence d’un fonctionnement intellectuel tronqué, aménagé sur des stratégies de contournement de la réflexion qui sont source de déstabilisation et de malaise. Ce phénomène représente plus de la moitié des diff i c u ltés d’apprentissage, il explique pourquoi notre école butte depuis toujours sur un noyau dur du 15% d’élèves irréductibles.
Les enseignants peuvent-ils travailler efficacement avec ces élèves ?
- Bien sûr, à condition toutefois d’admettre que la priorité pédagogique repose ici sur la relance de l’activité de penser et non sur la volonté de combler des lacunes. Il faut aider ces élèves à enrichir et à sécuriser ce monde interne qui leur fait défaut en ne produisant que de l’inquiétude et de la frustration quand ils veulent s’appuyer sur leurs représentations pour apprendre. Ce travail est possible, même dans une classe ordinaire, à condition d’utiliser quotidiennement les deux outils majeurs que sont la culture et le langage pour redonner du sens et de la vitalité aux savoirs proposés.
Pouvez-vous être plus précis, que proposez-vous ?
- Une heure journalière, dans chaque classe, de la maternelle à la fin des années collège, consacrée au nourrissage culturel et à l’entraînement à parler. Le nourrissage culturel se fait sous forme de lecture à haute voix, par le maître (essentiellement des textes fondamentaux). L’entraînement à parler se fait sous forme de débats sur des thèmes toujours en liaison avec le nourrissage culturel. Ces deux activités se complètent pour renforcer les capacités réflexives. Elles doivent devenir le tremplin pour présenter les savoirs et les exercices nécessaires à leur fixation, surtout quand il s’agit de l’apprentissage de la lecture et de celui du sens des opérations.
L’enseignant doit-il faire appel à une aide extérieure ?
- Certaines difficultés d’apprentissage ne peuvent se dénouer que dans un cadre qui permet d’avoir un regard décalé par rapport aux exigences du programme. Avec certains enfants, la restauration d’un comportement adapté à la vie du groupe et aux exigences de l’apprentissage est une priorité pour qu’ils accèdent à la posture d’élève. Dans les écoles, c’est le rôle des réseaux d’aide, à l’extérieur, celui des CMPP où les demandes sont en nette augmentation depuis quelques années.
« Ils posent probléme... »
Qui n’a jamais eu dans sa classe un enfant envahi par ses émotions et qui le manifeste par une mise en scène régulière ou une agressivité « épuisante » ? Ces élèves, « empêchés d’apprendre » pour faire écho à Serge Boimare, pour lesquels on sait que « tout fonctionne normalement », posent problème à la classe, à l’enseignant, à l’école. Des solutions essaient de se mettre en place. Dans la Nièvre*, un blog collaboratif des professionnels engagés dans une action de formation « élèves perturbateurs » relate les pistes envisagées par les équipes, une fois que les enseignantes ont le sentiment d’avoir déployé et épuisé toutes les stratégies relationnelles et pédagogiques qu’elles connaissent ». A Paris, une annuaire internet« cellule de crise », le service de médiation scolaire R’ECOLE, est composée d’enseignants spécialisés et d’AVSco et intervient en urgence.
Dans les écoles, les difficultés — pouvant aller jusqu’au trouble ou au handicap — des enfants qui « posent problème » n’ont pas de limites bien définies et nécessitent la coopération de différents professionnels.