Dossier "Travail enseignant, le pari du collectif"
Entretien avec Roland Goigoux : "Aider les enseignants à aider les élèves"
1er février 2016

Enseignant-chercheur au laboratoire ACTÉ de l’université Blaise Pascal, Roland Goigoux a travaillé sur le dispositif « plus de maîtres que de classes ». Il dirige une vaste étude sur l’enseignement de la lecture.

« Au cœur des problèmes de métier posés aux enseignants des écoles, il y a la difficulté qu’ils éprouvent à permettre aux élèves de bien apprendre à l’école  » estime Roland Goigoux. Il propose des pistes pour un accompagnement efficace des équipes.

«  Derrière le sentiment d’impuissance évoqué par les enseignants dans l’enquête Harris Interactive, il y a sans doute celui de ne pas réussir à conduire tous leurs élèves vers une réussite aujourd’hui exigée par l’Institution et la société toute entière.  » Mais pour Roland Goigoux, il y a quand même une bonne nouvelle. C’est que «  dans le même temps, ils continuent d’avoir de bonnes relations entre eux, qu’ils sont favorables au travail en équipe et ne demandent pas mieux que d’être aidés, accompagnés, dans leur désir de bien faire leur travail.  » Et de proposer quelques pistes précises dans cette démarche d’accompagnement didactique et pédagogique.

Faire circuler les savoir-faire

«  Pourquoi ne pas solliciter des enseignants expérimentés, solides dans leurs pratiques, et qu’on déchargerait de classe ?  », suggère le chercheur, «  avec la mission temporaire de capitaliser, de diffuser, de mutualiser des savoir-faire didactiques et pédagogiques, identifiés comme pertinents, auprès des équipes d’école. Des enseignants qui seraient aussi des passeurs entre l’univers de la recherche et celui du quotidien de la classe.  » Ce qui suppose un renforcement nécessaire des équipes de circonscription qui pourraient enfin redescendre sur le terrain. Il conviendrait aussi «  de restaurer la liberté de circulation dans les classes de leurs pairs, pour des enseignants qui pourraient ainsi se voir ‘’au travail’’ et en discuter après. De vrais moments de partage qui permettraient de rompre un isolement que chacun déplore.  »

Une boîte à outils pour expliciter les pratiques

«  Nul besoin de réinventer en permanence l’eau tiède et le fil à couper le beurre  » prévient le chercheur. «  Il s’agit d’une démarche intellectuelle rustique, tout-terrain, et qui ne demande pas des années de formation doctorale. Ni de dire la norme, le bien et le mal, mais plutôt les avantages et les inconvénients, l’intérêt et les limites, les gains et les pertes associés à telle ou telle démarche didactique.  » A partir d’un matériau empirique, une vidéo de séquence de classe par exemple, «  il s’agit d’identifier collectivement les bonnes raisons qui amènent à faire ainsi. Et puis, systématiquement, de rechercher des alternatives possibles. Parce que ce qui permet de comprendre pourquoi on fait les choses, c’est essayer d’imaginer comment on pourrait les faire autrement. Documenter ces différentes façons de faire, pour pouvoir argumenter des critères de qualité et théoriser ses pratiques.  » Remonter en définitive du comment au pourquoi.

Les cinq points cardinaux de l’accompagnement

Accompagner les enseignants des écoles, c’est aussi «  se pencher avec eux sur cinq priorités fondatrices autour desquelles se joue l’efficacité de l’enseignement.  » La planification d’abord, «  dans la préparation de la classe, les activités de conception et de clarification sur ce qui relève des objectifs d’acquisition, de mémorisation ou de transfert. » La régulation ensuite, car Il faut décortiquer ce qui se passe dans les interactions avec et entre les enfants. «  Comment on construit un ‘’climat’’qui soit serein, sécure, confiant et donc favorable aux apprentissages, dans cette entité en soi qu’est la classe ? Quel rôle et quelle place y donne-t-on à l’erreur, à l’étayage et à l’évaluation de ce qu’on a appris ?  » La motivation aussi. «  Comment on enrôle les élèves, pour les engager dans la tâche et les y maintenir autour de ressources attentionnelles, en développant chez eux le sentiment de compétence. Un sentiment qui ressort lui aussi de gestes et de savoir-faire professionnels, loin de la carotte et du bâton.  »

Construire de l’explicite, «  pour que les enfants ne se méprennent pas sur l’enjeu d’une situation-problème. Et il ne suffit pas de repérer ces possibles malentendus socio-cognitifs, il faut aussi savoir les lever, en définissant bien l’objet d’une tâche, son but, les procédures et les stratégies qu’ils auront à mobiliser  ». Il faut enfin travailler les logiques de différenciation, «  la diversité des étayages à mettre en œuvre, de travail collectif, en groupes ou de façon individualisée, a priori ou en cours d’activité, tout en ayant le souci de ne pas dissoudre la dynamique essentielle du groupe classe.  »

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- les cinq points cardinaux de l’accompagnement des enseignants des écoles

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