Dossier " Métier : La reprise en main"
« Ensemble, mettre le métier sur l’ouvrage »
21 mai 2013
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Patrick Picard est professeur des écoles et directeur du Centre Alain-Savary à l’Institut Français de l’Education – Ecole Normale Supérieure de Lyon, Co-responsable du programme Neopass@ction
http://centre-alain-savary.ens-lyon...
http://neo.ens-lyon.fr/neo

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- Parler « métier », ça s’apprend ?

  • Le réel du travail est toujours plus complexe que la manière dont on le décrit dans un référentiel de formation. Comme tout travailleur, l’enseignant est confronté aux écarts entre ce qu’on lui demande de faire, ce qu’il aimerait faire, ce qu’il arrive à faire. Plus les tensions deviennent fortes, plus il se demande si c’est le travail qui est mal fichu ou lui qui dysfonctionne. Et lorsque les injonctions paradoxales se multiplient (les faire tous réussir dans une société de plus en plus inégalitaire, par exemple), un sentiment d’impuissance peut se développer. Pour faire face à cette « complexification » du travail, le concept de « praticien réflexif » est aujourd’hui remis en question, du fait du risque de solitude devant l’intensification du travail, notamment dans les établissements difficiles, quelles que soient les « bonnes intentions » des personnels. Les différentes approches de l’analyse du travail privilégient donc désormais une entrée centrée sur le collectif, instance permettant de penser le métier.

- Vous parlez de dilemmes professionnels ?

- * En effet. Pour aider les élèves à comprendre, faut-il privilégier les problèmes complexes ou l’étayage pas-à- pas ? À quelles conditions organiser un travail personnel utile aux élèves les plus en difficulté ? Faut-il passer la grille de l’école pour aller à la rencontre des parents les plus éloignés de l’École ? Sur toutes ces questions, et bien d’autres, très concrètes, chaque enseignant a ses « manières de faire », issues de l’expérience du métier, de son histoire personnelle, de ses buts et mobiles d’action… Ouvrir la discussion dans l’école sur ces questions, c’est oser « discuter boulot  » et comprendre que les autres ne font pas forcément les mêmes arbitrages que nous. Certaines écoles parviennent à sortir les cadavres du placard, même quand c’est difficile : organiser collectivement l’arrivée des élèves en classe pour réduire les conflits du matin ; réorganiser les rituels en maternelle ; développer la production d’écrit ; oser parler de la fatigue du métier et ainsi mieux pouvoir « durer »… C’est quand le métier est en mouvement qu’il montre les ressources dont il dispose pour s’attaquer à de nouveaux défis.

- Mais en quoi le fait de le « parler » à plusieurs peut changer quelque chose ?

  • Pour tout apprentissage, y compris professionnel, on sait que le savoir est d’abord interpsychique, collectif, avant que chacun l’incorpore dans sa propre expérience et en fasse une ressource. Cela passe donc par du langage, pour éprouver le « commun » du métier. Le réel du travail ne se livre pas sans bruit ni conflit : tel geste professionnel paraît coûteux à certains alors qu’il va presque de soi pour d’autres. Ces controverses sur les « critères de qualité » au travail, y compris entre débutants et chevronnés, sont fructueuses, mais difficiles : les professionnels ne sont pas forcément en capacité, seuls, de mettre des mots sur ce qu’ils savent faire « dans l’action ». Comme l’écrivait Vygotski, « c’est seulement dans la dispute, dans la discussion qu’émergent les éléments fonctionnels qui déclenchent le développement de la réflexion ».

- Toutes les écoles ne sont pas égales là-dessus ?

  • Non. Les histoires locales, la relation à la circonscription, l’articulation entre les métiers et les personnes y jouent un grand rôle. Il ne sert donc à rien d’invoquer cette nouvelle professionnalité sans l’accompagner. A cet égard, nombre de circonscriptions cherchent à inventer de nouvelles formes d’accompagnement, en utilisant les souplesses rendues possibles par le nouveau cadre du 24+3. C’est d’ailleurs à cet « accompagnement confiant » qu’a appelé le DGESCO lors des derniers séminaires interacadémiques qui a invité à débureaucratiser la pédagogie. C’est bien sûr un défi pour les circonscriptions, qui ont elles aussi besoin de formation et d’outils adaptés, pour pouvoir construire leur travail à partir des difficultés « ordinaires » des enseignants et des élèves. C’est dans ce but que nous proposons des ressources sur notre plate-forme Neopass@ction. Développer cette impulsion formative me semble le principal levier du développement du travail enseignant.

L’ensemble du dossier :

- La reprise en main
- Le chantier travail du SNUipp
- « Des formations hybrides proches des préoccupations des enseignants »
- Travail enseignant : Restaurer le pouvoir d’agir
- Gestes professionnels : Un scénario partagé
- en BREF
- Équipe : Le Conseil des maîtres, lieu ressources
- « Ensemble, mettre le métier sur l’ouvrage »