STÉRÉOTYPES
Égalité filles-garçons : s’accorder en genre
12 février 2014

l’ABCD de l’égalité expérimenté à Nancy

C’est très sereinement que l’on travaille sur l’égalité filles-garçons dans le groupe scolaire La Fontaine de Nancy. À la maternelle comme en élémentaire, langage, lecture, échanges et débats participent de l’expérimentation de l’ « ABCD de l’égalité ». [Fenêtres sur cours] est allé y regarder d’un peu plus près.

« Et toi, à quoi joues-tu ? » demande Françoise à ses élèves de grande et moyenne sections. Ce matin-là, à l’école maternelle La Fontaine de Nancy le travail sur l’égalité filles-garçons est centré sur le langage et le vivre ensemble. C’est l’occasion pour Naëlle de contredire Yunes qui affirme que le basket c’est pour les filles puisqu’elle-même, son papa et sa maman le pratiquent. On se réfère à l’album À quoi tu joues ? déjà connu et relu ensemble. « Les garçons ça pleure jamais ; les filles, ça pilote pas les avions » s’écrient les enfants avant d’être démentis par les photos des pages suivantes qui montrent Yannick Noah en larmes après sa victoire à Roland Garros ou Claudie Haigneré en tenue de spationaute. « Il n’y a pas de gros problèmes de mixité à cet âge, dit la maitresse, mais des stéréotypes sont déjà présents ». La confrontation aux expériences différentes de ses camarades de classe et au réel des photographies permet déjà de les questionner.

Situation-problème

Les mêmes ressorts sont utilisés par la maitresse des CM2 dans l’école élémentaire voisine. Pour Martine, entrer dans l’expérimentation « ABCD de l’égalité » a permis de formaliser un enseignement de l’égalité filles-garçons. « On n’est pas dans le discours, il y a un objet de travail qui permet de construire une culture commune chez les élèves ». Le travail a démarré par la projection du film Billy Elliot où un jeune garçon délaisse la boxe pour la danse classique. « Je ne savais pas qu’on pouvait faire un métier de fille quand on était un garçon » s’était alors exclamé un de ses élèves. Cela a permis d’introduire la situation-problème du jour où les élèves doivent décider du prénom à attribuer à quatre personnes réelles qui se présentent dans des autoportraits sélectionnés et anonymés par la maîtresse. « Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses, précise-t-elle, mais vous devez justifier votre choix ». Dans les groupes, les idées reçues sont très vite balayées. « Le trapéziste est un homme parce que les filles ont peur de tomber », cela ne passe pas et on est vite plus pointu. On ne voit finalement rien d’impossible à ce que le marin soit une femme ou la sage-femme un homme mais on se rend compte que le genre du nom de métier induit souvent un genre au métier lui-même. On s’aperçoit aussi que les références personnelles et culturelles jouent beaucoup car on envisage plus facilement une femme-pompier quand on a pu en croiser “en vrai” ou à la télé…

Un garçon costaud, une fille sage

C’est sur la base du volontariat, condition qui leur semble indispensable, que deux enseignantes de maternelle et trois de l’élémentaire se sont lancées dans l’ABCD expérimenté dans leur académie. Rien d’étonnant, car dans cette zone Éclair au cœur d’un quartier populaire, on est attentif aux différences et aux inégalités. « Les préjugés et les insultes racistes et sexistes procèdent des mêmes logiques mais on a sans doute agi davantage sur les premiers que sur les seconds » confie Martine qui est aussi la directrice de l’élémentaire. Toutes reconnaissent que l’école n’échappe pas aux stéréotypes. « Une étude menée sur le RASED il y a quelques années nous a montré que les garçons, parce qu’ils étaient perçus comme plus agités, étaient plus aidés que les filles à difficultés scolaires égales ». Anne note qu’elle est plus attentive à la distribution de la parole en classe et qu’elle traque dans sa pratique les formules toutes faites, « un garçon costaud pour porter du matériel, une fille sage pour délivrer un message ». Faire évoluer les pratiques, les rendre moins productrices d’inégalités, sensibiliser les élèves, les objectifs de l’ABCD sont tenus. Les enseignants souhaiteraient cependant plus de formation que la seule demi-journée à laquelle elles ont participé pour découvrir de nouvelles ressources et échanger des expériences. Des conditions nécessaires pour pouvoir travailler en équipe, amplifier le travail et l’inscrire dans la durée.

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- le site des ABCD de l’égalité