Dossier "EMC | Si jeunes et déjà citoyens"
École républicaine | Garder la morale ?
3 mai 2016

L’école a toujours été chargée de concourir à l’éducation morale des élèves. Mais le contenu et les modalités de cette mission n’ont cessé d’évoluer au gré du contexte social et des pouvoirs politiques.

« L’éducation morale, c’est l’art d’incliner la volonté libre vers le bien ». Les programmes de Jules Ferry de 1882 ne font pas mystère de leur volonté de substituer à la morale religieuse, une morale républicaine qui ne diffère pas grandement de celle-ci. Peu de place à l’époque pour la formation du citoyen et le développement de l’esprit critique dans « une instruction morale et civique » qui passe par l’étude d’une maxime quotidienne et la lecture de textes soigneusement choisis pour souder la République et développer les valeurs patriotiques après l’humiliation de 1870. Cette mythologie fondatrice de l’école républicaine laisse des traces : il faut attendre les années 1990 pour voir disparaître des « instructions officielles » la référence au nationalisme civique et se développer une éducation civique réorientée vers un apprentissage du vivre-ensemble qui prend appui sur la connaissance des institutions par la promotion d’attitudes comme l’engagement, la responsabilité ou la participation. Car les enseignants, aidés en cela par les mouvements coopératifs et d’éducation populaire nés entre les deux guerres (lire ici), l’ont bien compris : pour devenir un citoyen libre, responsable, éclairé, le discours magistral et l’exemplarité ne suffisent pas.

De la morale laïque à l’EMC

Le rapport sur l’enseignement de la morale laïque remis à Vincent Peillon en 2013 montre d’ailleurs clairement que les programmes de 2008 réhabilitant une « instruction civique et morale » et l’étude des maximes n’ont pas été mis en œuvre. Comme le précise l’Inspection générale, « l’enseignement de la morale, lorsqu’il existe, n’est jamais systématique, mais incident et transversal, c’est-à-dire relié à des événements (de la classe, locaux ou nationaux) et à d’autres disciplines, en particulier l’histoire. Les très rares séquences consacrées à la morale s’appuient plutôt sur des formes de débat ».

Un constat qui invite à questionner l’heure hebdomadaire d’EMC réinjectée dans les nouveaux programmes et le « parcours citoyen » conçu comme une réponse conjoncturelle à la mise en cause de l’école sur sa capacité à préparer au vivre ensemble. Conseils d’élèves, débats philosophiques, projets collectifs, travail avec tous les acteurs de l’école pour améliorer le climat scolaire... Et si on s’appuyait plutôt sur un travail en profondeur en accompagnant et formant les enseignants ?


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- École républicaine : Garder la morale ?
- « Les mouvements pédagogiques travaillent depuis longtemps sur ces questions de citoyenneté » - 3 questions à Catherine Frachon, secrétaire générale de l’Office central de coopération à l’école (OCCE)
- École ouverte à Nantes (44) : Les règles de la liberté
- Éducation aux medias (74) : Les hoaxbusters de Taninges
- « Pas une matière qu’on décrète » - Entretien avec Gérard de Vecchi, maître de conférences en sciences de l’éducation