Dossier " Enseignement explicite, une clé pour la réussite de tous"
École Jules Ferry à Sens | Un travail qui dépasse la mesure
27 janvier 2017

Dépasser les implicites pour faire réussir tous les élèves est vite perçu comme une nécessité lorsqu’on travaille en éducation prioritaire comme à Sens mais où trouver le temps pour échanger et avancer collectivement ?

Classe de CP, école Jules Ferry de Sens, depuis une demi-heure, une vingtaine d’élèves s’initient à la mesure guidés par leur enseignante Emmanuelle Achard et le maître plus de l’école, Alexandre Morisseau. Après avoir mesuré avec la règle, il s’agit désormais de tracer des segments d’une longueur donnée. « Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? » Interroge la maîtresse « On va colorier », risque Jumana. « Non, on va tracer », corrige Alexandre.

Une preuve, s’il en fallait, de l’utilité du travail sur l’explicitation mené par les enseignants. Depuis le début de la séance ils explicitent, font verbaliser le vocabulaire à utiliser, les procédures les plus pertinentes, la signification des consignes. Ensuite ils se tiennent disponibles de façon individualisée auprès des élèves les plus fragiles (ils sont sept dans la classe), pour les guider, les assister et leur permettre de mener à bien les exercices proposés.

La difficulté scolaire au cœur du métier

Une posture d’enseignant qui pour la majorité de l’équipe est incontournable tant la difficulté scolaire est au cœur du quotidien de cette école de neuf classes. Elle dispose d’un RASED complet, d’un maître en plus à plein temps et d’une directrice déchargée, Patricia Simard, qui assure en même temps la mission de coordination du réseau d’éducation prioritaire dont fait partie l’école.

Patricia témoigne de sa chance « d’avoir une équipe stable et pleinement engagée auprès d’enfants qui vivent souvent dans des conditions difficiles » mais pour la directrice, « comme souvent, c’est le temps qui manque, nous souhaiterions disposer de plus de temps pour le travail de cycle, la construction d’outils pédagogiques, affiner notre projet d’école mais il faut réunir les équipes éducatives, se coordonner avec les différents partenaires, se consacrer aux parents, toutes choses également primordiales dans ce quartier défavorisé ».

Faute de temps dégagé comme en REP+, la concertation institutionnelle se limite à une journée consacrée au projet maître + et à 6 heures d’animations pédagogiques spécifiques prises sur les 108 heures. Patricia compte bien convaincre ses collègues de consacrer à partir de mars le temps d’APC à faire avancer le travail collectif et les projets en cours comme le travail sur le vocabulaire du CP au CM2 ou celui autour de la littérature au cycle III. En attendant, c’est souvent en récréation, entre deux portes ou pendant les repas pris en commun qu’on échange sur les pratiques les plus efficaces.

Le rôle central du « Plus de maîtres »

Avec Alexandre, le maître supplémentaire, comme aiguillon et élément fédérateur. « C’est grâce à lui qu’on s’est emparé des outils développés par Sylvie Cèbe et Roland Goigoux : Lectorino, Lectorinette et Lector-Lectrix », reconnaît Loula, l’autre maîtresse de CP. Alexandre, en fonction depuis trois ans, s’est adapté à la façon de travailler de ses collègues et au faible temps de concertation : « On peut travailler en co-intervention, en demi-groupe, en groupes de besoin selon l’activité, le moment. Même si c’est l’enseignante qui prépare, on a maintenant suffisamment d’expérience en commun pour que j’intervienne sans problème en étayage de ce qu’elle fait. ». Malgré le contexte difficile, c’est avec le sentiment « de faire un travail utile et nécessaire » que toute l’équipe accompagne au quotidien les élèves sur le chemin des apprentissages.

EN BREF

CNESCO
QUELLES PRATIQUES EFFICACES EN LECTURE ?

En mars 2016, le Cnesco et l’Ifé organisaient une conférence de consensus intitulée « Lire, comprendre, apprendre : comment soutenir le développement de compétences en lecture ? »

Sur son site, le Cnesco a mis en ligne la conférence de Maryse Bianco de l’université de Grenoble qui détaille les pratiques efficaces pour favoriser la compréhension en lecture en combinant démarche socio-constructiviste et enseignement explicite.

EN BREF

AUDITOR, AUDITRIX
MIEUX COMPRENDRE LES TEXTES ENTENDUS


Inspirées par les outils Lectorino, Lectorinette et Lector, Lectrix développés par Sylvie Cèbe et Roland Goigoux, trois jeunes enseignantes, maîtresses + passionnées de pédagogie, ont planché en commun sur un matériel destiné à aider tous les jeunes élèves de CP à mieux comprendre les textes entendus en classe et à appréhender le vocabulaire complexe et les codes des récits et des contes.

Ainsi est né Auditor, auditrix disponible en ligne.

www.ecoledejulie.fr
EN BREF

STÉPHANE BONNERY
MANUELS SCOLAIRES ET ALBUMS DE JEUNESSE


Membre de l’équipe ESCOL-CIRCEFT, Stéphane Bonnery est professeur des universités en sciences de l’éducation à l’université Paris 8.

Invité à l’université d’automne, il étudie les supports pédagogiques (manuels, fiches photocopiées et albums de littérature de jeunesse notamment), le rôle qu’ils jouent entre les pratiques de transmission et celles d’appropriation et donne des clés pour les rendre accessibles à l’ensemble des élèves.

A retrouver ici

L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Outiller tous les élèves, dès la maternelle !
- « Faire en sorte que les enfants des milieux défavorisés ne soient pas encore plus défavorisés par les gestes des enseignants » - 3 questions à Patrick Rayou, professeur émérite en sciences de l’éducation, Université Paris VIII
- École Jules Ferry à Sens – Un travail qui dépasse la mesure
- École Lesseps à Paris – Aide-moi à faire seul
- « Redonner aux enseignants le pouvoir d’enseigner » - Entretien avec Sylvie Cèbe, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, membre du laboratoire ACTé