Du rififi dans les bulles
2 février 2016

Si les remous anti discrimination sexiste autour des sélections pour le grand prix du festival d’Angoulême ont défrayé la chronique, espérons que désormais les créatrices ne restent plus dans l’ombre. Soyons optimistes car en matière de bande dessinée, dans nos classes, point de différence dans l’appétit que filles et garçons manifestent… Pour satisfaire ce désir de dévorer bulles et dessins et transgresser les habitudes scolaires, voici quelques unes des nouveautés jeunesse.

Petit poilu

Dessins de Bailly, scénario de Fraipont, Ed. Dupuis. Cycles 1 et 2 L’excellente série du Petit Poilu continue, avec 18 tomes déjà parus. Dans Le 17e comme toujours, Petit Poilu quitte sa maman le matin pour aller à l’école… et se retrouve à explorer les coulisses d’un théâtre de marionnettes. Il va être confronté à une marionnette à son image qui se met à copier toutes ses attitudes. Une manière muette et drôle de parler de l’image de soi aux plus petits.

Poudre d’escampette

De Chloé Cruchaudet, Ed. Delcourt. Cycles 2 et 3 Pour sa première sortie avec son chien Paulette, juste après avoir emménagé dans une nouvelle ville, Paul fait la rencontre d’une bande de copains sur un drôle de radeau au milieu de la rivière. Les enfants s’affairent aux préparatifs d’une expédition vers un ailleurs inconnu et idéal. Paul se fait accepter pour cette aventure magique au fil de l’eau, à bord de la cabane flottante, enfin… du paquebot  ! Frais, drôle et si joliment dessiné.

Le grand méchant renard

De Benjamin Renner, Ed. Delcourt. Cycle 3 Une BD rigolote et bien rythmée qui joue sur les codes du renard mangeur de poules, un renard pas bien futé à qui le cochon met de côté un panier de légumes («  La prochaine fois, j’aurai des betteraves  »), dont le lapin moque la foulée («  Son problème, c’est qu’il a les pieds plats, tu crois pas  ?  ») et qui se fait traiter «  d’espèce de sociopathe roux  » par la poule. Bref, il n’est pas prêt de manger du poulet  ! Alors, élever des poussins pour pouvoir les croquer, ça aurait pu marcher s’il n’avait pas développé un instinct maternel...

Victor et Clint

De Marion Duclos, Ed. La boîte à bulles. Cycle 3 Des parents divorcés, un chien pour ami et des jumeaux pour ennemis  : la vie de Victor, c’est tout ça, mais aussi une vie de cow-boy pleine d’aventures. Entraîné dans son Far-West imaginaire grâce à un méli-mélo inventif, le lecteur passe sans difficulté de la réalité que vit Victor à ce qu’il en fait quand il devient Clint. Le passage d’un récit à l’autre est plein d’humour, par les dialogues au registre réaliste et familier comme par le dessin aux couleurs presque saturées. Une BD malicieuse et riche par sa structure et l’expressivité des dessins  !

Alcibiade

De Rémi Farnos, Ed. La joie de lire. Cycle 3 Le petit Alcibiade quitte un jour son village pour partir à la découverte de son destin. Comme dans toute quête initiatique, il fera des rencontres (un condor, un forgeron, le minotaure…), traversera des épreuves (tempête de neige, labyrinthe…) sur le chemin vers sa vie d’homme. Une fable mythologique et d’aventure magnifique, portée par des dialogues très drôles et une recherche originale dans la mise en page. Un plaisir particulier à suivre un héros qui perd peu à peu de sa naïveté tout en restant fidèle à sa quête.

Dad, tome 2

De Nob, Ed. Dupuis. Cycle 3 Série familiale très attachante  : un papa élève seul ses quatre filles de 10 mois à 20 ans, de mamans différentes, aux caractères bien affirmés  : l’intello un peu rigide, l’ado branchée, la fillette espiègle et sportive, la petite dernière qui ménage son père puisqu’elle ne parle pas encore  ! Un quotidien animé pour un papa loin d’être irréprochable avec des histoires tendres dans un univers un peu décalé. Le dessin tout en rondeur est mis en valeur par des couleurs douces. Une réussite, dans l’air du temps des familles monoparentales.


Tous super héros

De Jean-Christophe Camus et Lilian Thuram, ill. Chaud Benjamin, Ed. Delcourt Parce qu’on ne naît pas raciste mais qu’on le devient, l’école est le lieu où lutter contre toutes les discriminations. Dans cette histoire, la maîtresse met en place un jeu où l’arbitraire est la règle. Combien de temps les enfants vont-ils se soumettre aux injustices ? Ils l’ignorent encore mais le but est de les faire réagir, refuser l’injustice et défendre l’égalité de leurs droits. Changer le regard sur autrui, apprendre la notion d’égalité, se connaître pour respecter l’autre, avoir le sens du partage et de la solidarité pour un futur meilleur : c’est le pari des auteurs avec cette bande dessinée ludique qui incite chacun à être un super-héros doté de supers pouvoirs : ceux de s’engager pour vraiment vivre ensemble.