Dossier "Enseignant 2.0 en ligne !"
Du côté des blogueurs | Années 2010, l’odyssée des sites
15 septembre 2015

Ils ont créé leur site, chacun dans son coin ; aujourd’hui de nombreux enseignants échangent avec eux. Enquête auprès des profs blogueurs.

Seuls face à leur écran, les profs blogueurs ont débuté avec des ambitions modestes : certains y voyaient le moyen de stocker des documents ou de publier le travail accompli. « Pour avoir passé un temps considérable à préparer mes documents, je me suis dit que, ce temps, d’autres pourraient l’économiser », témoigne Sobelle. Les plus aguerris se transmettent leur savoir-faire, « Avant de partir en retraite », explique Chat noir, « j’avais envie qu’on aime le CP, un niveau réputé difficile ». À
 l’autre bout, les plus 
jeunes ont besoin de 
se rassurer sur leurs 
pratiques : ils 
publient leurs
 séquences afin 
qu’elles soient vali
dées par d’autres. Ils
 se constituent aussi 
en pages Facebook,
 échangent ques
tions, trouvailles.
 Enfin, la création
 d’un site est le
 moyen de rompre 
l’isolement : « Enseignant dans une petite 
école de village, je n’avais pas de collègues du même niveau », relate Lutinbazar, « J’avais besoin d’enrichir mon travail par des échanges ». La notion de partage est là, aux origines : presque tous les concepteurs de blogs disent leur volonté de faciliter le travail des autres, notamment des collègues qui débutent ou changent de niveau.

L’explosion des retours

Pourtant tous disent leur étonnement face à l’engouement suscité par leur site. Des centaines, voire des milliers de personnes y viennent chaque jour. Des blogs dépassent les millions de visites depuis leur création, récente : Charivari, Orphécole. Les pages Facebook ont vu affluer les amis et ce succès a d’abord impressionné leurs créateurs. « Je ne m’attendais pas du tout à cela », relate DysmoiZazou.
« C’est très gratifiant d’être suivie par autant de monde », ajoute LaclassedeDefine. Les premiers retours sont des remerciements, des félicitations, ils offrent aux blogueurs une reconnaissance inédite. Cette reconnaissance est transversale : c’est celle de leurs pairs. Quand on leur demande ce que l’institution pense de leur activité, presque tous répondent : « Ne sais pas ! ». Puis les retours se font plus pointus : d’autres enseignants empruntent leur travail, l’adaptent et leur renvoient. Monécole, par exemple, propose un travail sur l’éducation musicale et les visiteurs améliorent, complètent avec d’autres ressources. Les pratiques de chacun bougent, « J’y trouve une auto-formation plus adaptée que celle proposée dans notre inspection », commente Lalaaimesaclasse. Peu à peu, des blogueurs se recréent des familles, se constituent en communauté (lire ci-dessous), voire se rencontrent dans la « vraie vie », « On voit alors le visage de collègues avec qui on échange depuis des mois », raconte Mathieu. Ils ne sont plus seuls, devant leur écran.

EN BREF

TYPOLOGIE
Sites « ruches » 
ou « bacs à sable »


Lors de son étude des réseaux en ligne d’enseignants, Isabelle Quentin, chargée de recherche à l’ENS Cachan a identifié deux types de fonctionnement des sites : les « bacs à sable » et les « ruches ». Dans les premiers, chacun est sur un pied d’égalité et peut déposer son travail de façon très libre, avec des règles souples voire implicites qui peuvent dérouter les nouveaux arrivants. Dans les deuxièmes au contraire, qui visent un travail en commun, on édicte des règles très strictes de fonctionnement, des statuts, des chartes. Les membres fondateurs ont un statut particulier.
EN BREF

EN RÉSEAU
Se constituer en communauté


Face à la multiplication des sites, de nombreux créateurs ont décidé de se réunir en communautés, comme celle des profs blogueurs (CPB). Le but : édicter une charte définissant des valeurs communes : partage libre et gratuit de ressources, indépendance politique. La CPB a d’abord été un forum où discutaient 60 blogueurs, issus d’une même plateforme d’hébergement puis d’autres plateformes. Ils sont aujourd’hui plus de 250 membres dont les « stars » du web enseignant : Lutinbazar, Laclasse de Mallory, Monsieur Mathieu etc.
EN BREF

COMMERCIAL
Chassez le marchand, il…


Si les sites annoncent un partage gratuit de ressources, la sphère commerciale n’est pas toujours si loin que cela. Les blogs enseignants refusent en général les bandeaux de publicité, peu appréciés des usagers, mais on en trouve. Ensuite, de nombreux blogs sont « partenaires d’Amazon » : après avoir parlé d’un livre ou autre matériel, ils ajoutent un renvoi sur le site de vente en ligne qui leur reverse « jusqu’à 12 % » des ventes effectuées ainsi. D’autres blogueurs ont été contactés par des éditeurs qui commercialisent des manuels reprenant leur travail ou certains de leurs jeux éducatifs.

L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- Réseaux : Une culture numérique plus que des outils informatiques
- « Des logiques de dissémination » : 3 questions à Jean-Marc Merriaux
- Du côté des blogueurs : Années 2010, l’odyssée des sites
- Du côté des utilisateurs : Au bon blog
- Les enseignants y trouvent liberté, collégialité » : Entretien avec Louise Merzeau