Rétrospective
Difficultés scolaires au tournant
2 août 2012

Le fond du décor de la concertation sur l’école restera celui des difficultés scolaires, une question récurrente au coeur de notre métier. Quel bilan des réformes de la dernière mandature ? Quel état des lieux ? Et quelles pistes pour demain ? Les cahiers de vacances débordent de problèmes à résoudre...

Alors que la concertation sur l’école est entamée, le fond du décor restera celui des difficultés scolaires. En effet le bilan des réformes de la dernière mandature affiche aujourd’hui des constats assez sévères, et ce, de manière partagée, puisque les derniers rapports qu’ils soient issus de l’Inspection générale, des commissions parlementaires ou de la Cour des comptes rejoignent au moins en partie les alertes de la majorité de la communauté éducative : nombre accru d’élèves en difficulté, dispositifs à revoir, inégalités scolaires croissantes...

L’aide personnalisée sous la loupe

Concernant l’aide personnalisée, le SNUipp-FSU, faute d’une évaluation ministérielle sur le sujet, a fait en mai dernier sa propre enquête intitulée «  Aide personnalisée : opération vérité ». L’importance des réponses (18 600 !) illustre bien la préoccupation des enseignants et enseignantes du premier degré quant à ce dispositif jugé au final comme peu satisfaisant et peu efficace. Depuis, il y a eu la publication rétrospective de rapports institutionnels tenus sous le boisseau par Luc Chatel, dont celui intitulé « Observation et évaluation de l’ensemble des dispositifs d’aide individualisée et d’accompagnement à l’école, au collège et au lycée   » daté d’octobre 2010 !

L’aide personnalisée, mesure “phare” des réformes initiées sous le ministère de Xavier Darcos devait diviser par trois l’échec scolaire. En fait 80% des enseignants ne la jugent pas efficace. Ils la considèrent comme inappropriée car ce dispositif associe de manière indifférenciée des difficultés scolaires de natures très différentes, depuis les difficultés normales de l’apprentissage, qui nécessitent des remédiations passagères, jusqu’aux difficultés lourdes. De plus le principe d’une journée allongée avec ce que cela suppose d’attention, de tension et de fatigue supplémentaires pour des élèves déjà en difficulté est contre-productif. Fatigue et tension sont aussi partagées par les enseignants qui courent après le temps, le travail d’équipe se fait plus rare au sein de l’école.

Cependant si les enseignants ne l’ont pas complètement condamnée, c’est qu’ils ont pu apprécier la possibilité de travailler avec des petits groupes d’élèves et par là, améliorer le climat de confiance. De plus, certaines activités s’en sont trouvées facilitées comme le travail sur le langage oral en maternelle. Enfin il est plus facile dans ces conditions d’observer les élèves au travail, de mieux comprendre leur fonctionnement et les obstacles qu’ils rencontrent. Pour autant les enseignants ne sont pas dupes sur les finalités de ce dispositif installé sur fond de réduction des moyens de l’éducation nationale et destiné à remettre en cause l’existence même des RASED.

Quel avenir pour les aides spécialisées et les RASED ?

Les premières annonces de 2008 en vue d’une mise en extinction des RASED, suivies des suppressions de postes ou de missions des personnels, ont pu être atténuées par l’importante mobilisation en leur faveur. Depuis plus de 3 ans, pétitions, manifestations, interpellations d’élus se sont partout multipliées pour expliquer à la communauté éducative les enjeux des aides spécialisées. Un film produit par la FNAREN, intitulé « Un parmi les autres » et diffusé partout en France, rend visible tout le travail que les psychologues scolaires et les enseignants spécialisés (aides pédagogiques et rééducatives) des RASED mènent pour aider des enfants à réussir.

Lors des annonces budgétaires d’octobre 2011, les RASED ont été de nouveau une des cibles principales des mesures de carte scolaire avec une annonce de 3000 suppressions de postes de maîtres E et G. Les psychologues scolaires sont aussi touchés par une baisse historique des départs en formation pour le diplôme d’état de psychologie scolaire (DEPS) en 2012-2013 avec 20% de stagiaires en moins. Il sera impossible de couvrir les postes vacants, tout comme les nouveaux besoins.

Désorganisés avec des effectifs diminués de moitié, sans pilotage réel, et des missions chamboulées, les enseignants de RASED sont dans l’incertitude. La continuité des aides, leur spécificité, l’intervention directe auprès des élèves ou des parents, le travail avec les équipes des écoles, la formation spécialisée, tout ceci est aujourd’hui remis en cause. Il est urgent que non seulement les RASED puissent retrouver les moyens de fonctionner pour répondre aux besoins mais aussi qu’ils retrouvent leur place au sein de l’école. Le Collectif RASED, qui associe les associations professionnelles, pédagogiques et de parents d’élèves ainsi que les organisations syndicales, a rencontré le nouveau ministre pour l’assurer de son concours et de son engagement dans les discussions à venir.

Un contexte qui aggrave les difficultés

Avec la suppression inexorable des aides spécialisées et la dégradation des conditions de travail et d’études pour les élèves comme pour les enseignants, c’est l’ensemble du système éducatif qui s’est trouvé mis à mal avec la politique de suppressions des emplois publics : inégalités scolaires accrues, éducation prioritaire exsangue, RASED « sabordés », effectifs en hausse... Sans parler de la formation professionnelle initiale et continue devenue quasi inexistante... Autant d’éléments qui contribuent à l’aggravation des difficultés pour les élèves. La question de la prévention par un environnement scolaire accueillant, serein et différencié pour anticiper et répondre aux besoins des élèves est souvent restée à la seule charge des équipes des écoles.

Il reste que « le nombre d’élèves en difficulté augmente depuis dix ans » selon le Portrait social 2010 publié par l’Insee qui témoigne « d’une France qui oublie une part croissante de ses élèves  », notamment en ZEP. Un phénomène qui ne touche pas que la France si l’on s’en tient à des observations internationales comme celles de l’OCDE. Le chantier de réflexion sur l’école qui vient de s’ouvrir devra prendre en compte ces dimensions quantitatives. Il s’agira aussi de se pencher sur la complexité de ce qu’on appelle « difficultés scolaires » ou encore « échec scolaire » et ce, sous de multiples points de vue comme l’éducation prioritaire, la formation professionnelle, l’organisation scolaire ou encore le rôle de l’école maternelle... Les difficultés d’apprentissage sont normales, mais elles interrogent les pratiques pédagogiques, les parcours scolaires... Mais il y a aussi des dimensions cognitives, affectives, psychologiques, développementales qui sont en jeu et souvent les manifestations des difficultés déroutent les enseignants dans les classes.

Difficultés scolaires et inégalités scolaires

On parle souvent d’élèves en difficulté comme si cela tenait à leurs caractéristiques intrinsèques, en omettant le rôle prépondérant de l’environnement dans lequel ils se développent. De fait les difficultés sociales, la pauvreté fournissent les gros bataillons de la difficulté. C’est pourquoi le SNUipp-FSU est engagé dans une redéfinition de l’éducation prioritaire (avec des bilans des politiques d’excellence, ECLAIR, RRS...) afin qu’elle soit réellement mise en oeuvre.
Le SNUipp-FSU est aussi engagé avec d’autres syndicats enseignants, des fédérations de parents, mouvements pédagogiques et associations aux côtés d’associations comme ATD-Quart monde à l’origine de la plateforme citoyenne portée dans la campagne présidentielle avec des propositions pour assurer la réussite scolaire des jeunes les plus défavorisés. Car l’école a aussi ses responsabilités quand elle impose ses exigences sans mettre en place les cheminements nécessaires aux élèves ou encore quand la manière dont le système est piloté ne fait qu’aggraver les inégalités. Ainsi les enfants de l’immigration sont souvent pris dans cette spirale alors que, comme en témoigne Marie-Rose Moro, spécialiste de la psychiatrie transculturelle, ils pourraient être une richesse pour l’école.

Des pistes pour en sortir

Au niveau international, les recommandations pour lutter contre l’échec scolaire se précisent du côté de l’OCDE : supprimer le redoublement, réduire l’orientation précoce, promouvoir la mixité sociale à l’école, investir dans la maternelle, donner plus à ceux qui en ont le plus besoin... On pourrait ajouter les résultats de certaines recherches comme celle qui concerne les effets de la taille et de la qualité de la classe. Le chercheur Thibault Gajdos, directeur de recherche au CNRS, GREQAM et IDEP, à Marseille, rapporte ainsi les résultats en janvier 2011 de nouvelles études montrant ce que sont devenus les élèves du projet STAR. Elles concluent sur les effets positifs de la scolarisation dans des classes à faible effectif comme du fait d’avoir bénéficié d’un enseignant expérimenté en maternelle ou d’avoir été scolarisé dans une « classe de bonne qualité » en 3ème année de primaire, des effets positifs qui se mesurent dans le long terme. La réflexion doit aussi se poursuivre sur les contenus de la formation professionnelle concernant la prise en compte des difficultés scolaires, les aides spécialisées apportées par les personnels formés – enseignants et psychologues- et le travail en équipe pluri-professionnelle.

Pour le SNUipp-FSU, il faut repenser le système de lutte contre la difficulté scolaire

L’aide personnalisée a vécu, tant ses défauts en matière d’efficacité et de rythme sont criants. Son avenir doit être interrogé lors des discussions dans le cadre de la nouvelle loi d’orientation de l’école, en lien notamment avec la concertation sur les rythmes de l’enfant. Il faut repenser les réponses à la difficulté scolaire. L’aide aux élèves en difficulté doit être assurée sur un temps scolaire commun à tous les élèves. Sa prise en charge relève de nouveaux fonctionnements avec notamment « plus de maîtres que de classes », mais aussi avec la réhabilitation et un renforcement du rôle et des missions des RASED. La formation professionnelle initiale et continue et les conditions d’exercice du métier (redéfinition des missions enseignantes dans un temps de service allégé) sont également à concevoir pour répondre aux difficultés scolaires.

Lire aussi les autres "rétros" de l’année :
- des emplois pour la réussite de tous
- réinvestir la maternelle