Formation des maîtres
Deux rapports à (re)mettre au placard
30 mai 2012
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Une réforme réussie, portée avec détermination, des PE stagiaires épanouis et enthousiastes, tels sont les principales conclusions des rapports récemment dévoilés sur la mise en œuvre de la mastérisation de la formation des maîtres. Un auto satisfecit bien éloigné de la réalité.

Ce sont deux notes d’avril et juillet 2011 portant sur la «  mise en œuvre de la réforme de la formation des enseignants » qui ont été dévoilées, vendredi 25 mai, par le ministère de l’Éducation nationale. On peut d’ailleurs se demander pourquoi elles étaient restées si longtemps dissimulées, s’agissant d’un bilan qualifié benoîtement de “globalement positif.” Un reste de bon sens peut être, tant les conclusions de ces rapports sont aux antipodes des multiples difficultés pointées par la plupart des acteurs du système éducatif ces deux dernières années. Pourtant, à en croire les rédacteurs, inspecteurs d’académie et IEN adjoints « témoignent d’une satisfaction d’ensemble sur le déroulement de l’année de stage et sur le comportement professionnel des stagiaires. » Des stagiaires par ailleurs félicités pour leur « sens remarquable des responsabilités lors de l’entrée dans le métier. »

Un cadre de formation à géométrie variable

L’année scolaire 2010-2011, dite de transition, s’est déroulée selon les deux rédacteurs de façon satisfaisante, mobilisant « à l’extrême les académies et les universités qui ont dû dans des délais très courts montrer leur capacité à penser le changement et à l’organiser ». Ils remarquent que plusieurs modes d’articulation entre travail dans les classes et éléments de formation et d’accompagnement ont été mis en œuvre, donnant globalement satisfaction, mais regrettent toutefois la persistance de diversités départementales incompatibles à terme, avec la volonté pourtant explicite d’un pilotage académique. La nature des postes attribués aux professeurs des écoles stagiaires semble quant à elle avoir été autant guidée par des préoccupations de gestion des personnels, que par un soucis de qualité de la formation.

Très peu de licenciements...bien mérités

Preuve incontestable d’une réforme réussie, les rapporteurs relèvent des taux de renouvellement de stage (3 %) et de licenciement (2 %) identiques, si ce n’est inférieurs aux années précédentes. Ces chiffres seraient à mettre au crédit de la conjonction « d’un exercice plus régulier (et le plus souvent à temps plein à partir du mois de novembre) et d’un accompagnement de proximité plus professionnalisant [offrant] des conditions de stage plus exigeantes et plus discriminantes » Celles-ci induiraient «  une affirmation plus rapide de l’adaptation au métier, [conduisant] plus spontanément (sic) à la démission en cours d’année des quelques stagiaires qui découvrent que le métier d’enseignant ne correspond pas à leurs aspirations (...) » En d’autres termes, il apparaît donc préférable de bien savoir nager avant d’être poussé dans le bassin... Quant aux difficultés signalées, elles « sont très peu nombreuses et la plupart du temps liées à une insuffisance caractérisée de travail ou à la situation personnelle. »
Une réussite donc, et un « constat [qui] fait naître le sentiment très positif d’avoir réussi un pari difficile. »

Passer à autre chose

Voila des conclusions qui ont pour le moins de quoi surprendre. Et sans doute, les inspecteurs généraux auraient-ils pu, avec profit, consulter les résultats des enquêtes effectuées de son côté par le SNUipp auprès des stagiaires, sur la façon dont ils ont vécu ces deux dernières années de formation. Des résultats qui brossent un tableau beaucoup plus contrasté de cette réforme. (voir ci-dessous) Ils auraient également été bien avisés d’ouvrir le sévère rapport de la Cour des comptes, qui épinglait en février dernier une « réforme [qui] aurait justifié une réflexion plus approfondie sur les conditions d’une mise en œuvre efficace et efficiente, notamment au regard de l’objectif de la réussite de tous les élèves assigné à l’éducation nationale par le législateur. »
Car en définitive, ne nous est délivrée qu’une forme de “contrôle technique”, satisfaisant, nécessitant il est vrai quelques améliorations de détail, mais sans obligation de contre visite. Gageons que ces documents retourneront rapidement dans leur placard, alors que la remise à plat et la refondation tant attendue de la formation des maîtres sont à l’ordre du jour.

Lire :
- la note d’avril et la note de juillet 2011

Lire aussi :
- les résultats des enquêtes du SNUipp auprès des PE stagiaires en 2011 et 2012
- le rapport de la Cour des comptes sur la réforme de la formation