Des poules et des courges : éducation à l’environnement au quotidien.
5 octobre 2015

Ici on sait cultiver son jardin  : potager depuis 10 ans, mini-ferme inaugurée en octobre, l’école des Planches de Saint-Maur (36) vit l’éducation à l’environnement au quotidien.

« Éclair », ce sont les CP qui l’ont baptisé ainsi. Le petit bouc d’Ouessant est né au mois de mai dans la mini-ferme lancée en mars dans leur école. Nichée dans un parc verdoyant, à deux pas du vaste étang des Ballastières, l’école élémentaire de Saint-Maur, dans l’Indre, a inauguré début octobre son site avec poules, canards, poneys, chèvre et bouc. Eclair a deux semaines quand sa mère est morte, « alors à chaque récré, par petit groupe, on allait lui donner le biberon », raconte Muriel Toulant, enseignante du CP. Matin, midi et soir quatre enfants de cycle 3 volontaires sont «  de service  » à la ferme avec un enseignant pour rentrer les mammifères dans leur enclos, fermer la porte du poulailler, apporter les épluchures de la cantine.

Tous les animaux ont été donnés, «  Au départ, deux poules, un coq, un couple de canards », relatent Yoan Rondelot, responsable des espaces verts de la ville et Hervé Guichard chargé des loisirs de la commune, à l’origine du projet avec l’école. «  Depuis, une quinzaine de canards et une vingtaine de poulets sont nés ici ». Les ont rejoint un couple de poneys nains, une chèvre et depuis peu un couple de cochons nains. « cela nous permet d’aborder tout le cycle de la vie », se félicite Séverine Monier, enseignante de CE2. Les élèves viennent «  observer sur place  » pour travailler ensuite en classe les besoins du vivant ou la reproduction. «  Ils retiennent mieux que sur fiches ou Internet  ! » Naissances et morts émaillent les semaines,«  Parfois on chamboule la programmation de sciences, il faut savoir s’adapter », continue Séverine. Pour elle, ce projet permet aux élèves de «  vivre au quotidien le respect de la nature et des copains  : ils se répartissent la tâche, se sentent responsables ».

Extension dessinée par les CM2

La partie soin et nettoyage est confiée cette année aux ateliers de la pause méridienne. Aux vacances, le centre de loisirs prend le relais et pour les week-ends l’équipe souhaiterait mobiliser des parents. Le midi, à peine sortis des classes, même sous la pluie qui tambourine, les élèves chaussent les bottes et, avec Yoan, changent l’eau trouble des abreuvoirs, remettent des graines, nettoient les box. «  Ce n’est pas très propre », commente Chloé, en CM2. «  Mais ça nous amuse, tout le monde n’a pas l’occasion de s’occuper d’animaux », ajoute Méline. Un autre groupe a sorti les grelinettes, sortes de tridents, pour aérer la terre du potager. Car depuis dix ans poussent ici salades, carottes, aubergines et autres légumes, «  Des courges, nous sommes dans le Berry, pays des sorcières », sourit Hervé. Le tout entièrement bio. Au départ en 2005, il n’y avait que quatre carrés puis d’année en année les projets comme les plantes ont prospéré. «  Les CM2 ont dessiné l’extension », explique Stéphane Berger, directeur de l’élémentaire  : travail sur le plan, les mesures, l’échelle pour aujourd’hui un potager de 250 m², avec petites allées et passages sur le côté  : «  Comme les élèves pratiquaient le jardin depuis des années ils savaient ce qu’il fallait ». En automne ils préparent la terre, en hiver s’effectuent le travail plus théorique en classe et les expériences de plantation avec ou sans eau, lumière, terre.«  Comme ça au printemps quand ils plantent, ils savent pourquoi il faut réfléchir à la terre, à l’ensoleillement. » Élèves et enseignants se font plus compétents, Alice a découvert des espèces, «  comme les cornichons géants ». Tous savent désormais qu’à chaque saison, ses légumes. La cantine ne peut les utiliser, normes drastiques obligent, alors ils sont distribués aux élèves qui les ramènent chez eux. «  On a eu quelques retours sur les radis, un peu corsés, mais sinon les familles apprécient », témoigne Stéphane. Ce midi, Ethan a eu une belle tomate qu’il garde jalousement, «  Je me souviens quand on les a plantées, c’était après la neige ».


« Le jardin, un formidable lanceur d’enquêtes » : Trois questions à Philippe MAHUZIES, chargé de mission sciences à l’académie de Montpellier

Philippe MAHUZIES est professeur des écoles, est chargé de mission sciences, environnement et développement durable à DSDEN de l’Hérault. Il est l’auteur d’un rapport de recherche« Jardin et jardinage, un terreau fertile pour la formation continue des enseignants au primaire » .

Comment articuler les séances en extérieur et la démarche scientifique en classe  ?

La présence d’un jardin ou d’une ferme pédagogique près d’une école présente un champ de découverte et d’investigation immense pour l’élève, comme par exemple l’apparition inattendue de pucerons sur les fèves ou d’escargots dans les salades… C’est l’occasion d’étudier un écosystème dans un lieu géré par l’homme et là on est complètement dans les programmes. Un jardinier professionnel va vouloir se débarrasser des parasites  ; pour les élèves, ce sont de formidables lanceurs d’enquêtes  : Comment sont-ils arrivés là  ? Que font-ils là  ? Que vont-ils devenir  ? Dans de petits pots en classe, il n’y a pas cet inattendu.

Quelle éducation citoyenne cela permet-il  ?

Le jardin permet d’apprendre à vivre ensemble dans le cadre d’un projet collectif. Il faut coopérer, se répartir les tâches, respecter les consignes, ses camarades, le matériel. On s’engage  : lorsqu’on est responsable de l’arrosage, on s’y tient. Le vivre ensemble, ça ne se décrète pas, ça se vit. En revanche, le jardinage permet-il d’être plus respectueux du vivant ?  Ça dépend. La vie n’a pas la même valeur dans un jardin selon qu’on est un hérisson ou un doryphore… De même, on demande d’enlever les «  mauvaises herbes  ». Dans la nature, le vivant n’est ni bon, ni mauvais, tout être vivant a une fonction. Notre vision est très anthropo-centrée.

Quels conseils donneriez-vous à une école qui veut se lancer ?

Le jardin doit déjà être celui des enfants et pas de l’enseignant, sinon les élèves sont réduits à de la main d’œuvre technique qui exécute des tâches décidées par l’adulte. Il est important qu’ils l’aient conçu, imaginé sa forme, les plantes qu’on va y mettre. Personnellement je préconise le jardin en carrés d’1 m sur 1 m, il permet d’abord de répartir par groupe les élèves dans des conditions de sécurité maximales. Ensuite, ce format se prête à l’élaboration d’un plan papier préalable en classe qui sera un outil de liaison entre la classe et le jardin. Il faut aussi que les enseignants se posent la question du pourquoi on veut un jardin  ? Est-ce pour retrouver le potager de son enfance, pour promouvoir du vivre ensemble, pour améliorer le cadre de vie de l’école ou dans un but scientifique  ? En général, si le jardin tombe en désuétude au bout de quelques temps, c’est souvent qu’on a voulu tout faire en même temps, ce n’est pas possible. Enseigner, c’est choisir.


Ressources

Echanges : couple de volailles à céder ! L’école des Planches n’a pas encore trouvé une autre école qui aurait une mini-ferme ou souhaiterait se lancer. L’équipe est prête à aider un projet naissant, recevoir des visites et même «  donner un couple de volailles ». Depuis le mois de mars, les œufs n’ont pas été ramassés pour permettre au cheptel de s’agrandir. Il y a désormais du monde dans le poulailler. Des animaux vont donc être vendus afin d’acquérir de nouvelles espèces comme une poule noire du Berry, des faisans, des paons.

Ressources : Pour planter sans se planter Depuis 30 ans, l’opération «  Jardinons à l’école  » accompagne les enseignants souhaitant mettre en place des activités à l’école. Le site met à disposition des enseignants de nombreuses ressources  : jardifiches, jardithèques, jardiposters et guide pratique. L’académie de Montpellier a monté également un site de ressources «  Écolothèque  » où l’on trouve un blog jardin qui recense les initiatives originales ainsi que les livres et guides utiles.
- Jardinons à l’école
- Ecolothèque de l’académie de Montpellier

EDUSCOL : Ecoles fleuries… de projets ! Le site ministériel Eduscol met en valeur les projets des écoles volontaires dans le domaine de l’éducation au développement durable et plus particulièrement les actions de jardinage pédagogique. Une «  expérithèque  » liste ainsi les expériences pédagogiques intéressantes dans les écoles, de la maternelle au secondaire, pouvant inspirer ou nourrir les initiatives.
- L’expérithèque d’Eduscol