Des histoires d’enfants pour les enfants
5 mai 2016

Des histoires d’enfants, de leurs familles, d’ici ou d’ailleurs, d’aujourd’hui ou d’autrefois, du bonheur tranquille à l’exil, la maladie, la guerre… Et toujours de l’espoir, aux couleurs d’un monde dans lequel les livres peuvent aider les enfants à comprendre, à grandir, à s’ouvrir aux autres.

Le bibou

D’Isol, Ed. Rue du Monde. Cycles 1 et 2

Une famille, c’est d’abord l’arrivée d’un Bibou qui chamboule la vie de ceux qui sont déjà là… Un exposé à la manière scientifique, très illustré, sur les nouveaux-nés. Du bain au caca, des pleurs au langage, de la découverte des orteils à celle des émotions et même du fait que chacun a été un jour un Bibou, la première année du bébé est racontée sur un ton amusant, accompagné de dessins rigolos sur papier kraft avec une technique du double trait qui fait doublement effet  !

Avec trois brins de laine (on peut refaire le monde)

D’Henriqueta Cristina, illustrations de Yara Kono, Ed. Des Eléphants et Amnesty International. Cycle 2

Inspiré de l’histoire vraie d’une famille ayant fui la dictature portugaise, cet album raconte comment le quotidien de l’exil peut s’avérer assez triste même lorsque la famille est en sécurité. Car l’hiver est sombre loin de son pays, des siens, de ses habitudes. Ici, tout est gris, jusqu’aux vêtements, uniformes. C’est alors qu’avec ses aiguilles à tricoter, la maman fait souffler un air de fantaisie et de liberté sur la ville. Un joli regard, aux illustrations graphiques, sur les couleurs d’une société qui intègre les autres.

Tout le monde sait faire du vélo

D’Ingrid Chabbert, illustrations de Maurèen Poignonec, Ed. Kilowatt. Cycle 2

Antoine, lui, a renoncé  : chaque fois, il se retrouvait par terre. Jusqu’à l’arrivée de Coralie avec qui tout devient possible, y compris de parler, pour ne pas «  tout garder en dedans  ». Car il n’y a pas que la peur du vélo qui perturbe Antoine. Comme dit Coralie, sa mère «  elle est bizarre, soit elle pleure, soit elle te flanque des baffes  ». Un joli texte, raconté du point de vue de l’enfant, qui aborde un sujet rare  : la dépression d’un parent, l’apparition de la violence dans la famille, en restant simple et positif, comme les illustrations gaies et colorées.

Partir au-delà des frontières

De Francesca Sanna, Ed. Gallimard jeunesse. Tous cycles

La guerre est arrivée et il a fallu fuir. Sur la route de l’exil, cette maman et ses deux enfants sont de plus en plus démunis et fatigués. Ce voyage douloureux est magnifiquement illustré par des dessins qui restent doux par leurs lignes et leurs couleurs. Inspirée par des rencontres avec de jeunes migrants, cette histoire ressemble à celles de tant de familles aujourd’hui, avec l’espoir qu’elles retrouvent «  un endroit pour elles, une maison bien à l’abri, où elles pourront reprendre leur vie.  »

Ma petite sœur d’occasion

D’Eric Sanvoisin, illustrations de Jess Pauwels, Ed. Nathan. Cycle 3

Hugo s’était persuadé que ses parents avaient renoncé à adopter. Apprendre qu’une petite sœur, et noire de surcroît, va arriver sous peu, le bouleverse totalement. Raconté à la première personne ce roman balaie ces quelques jours où le garçon, confié à sa grand-mère, va s’habituer, se remettre en question… À l’arrivée de la petite sœur, il aura fait un beau chemin pour accepter et aimer la petite Éthiopienne.

Tangapico

De Didier Lévy, illustrations de Alexandra Huard. Editions Sarbacane. Cycles 2 et 3

À 9 ans, rejoindre son père dans la jungle en prenant seul le bateau pour remonter le fleuve, ce n’est pas très rassurant. La coutume veut de plus qu’à chaque étape «  on donne une chose à laquelle on tient, et on en reçoit une autre en échange  ». Obligé de renoncer à ses objets fétiches, au fil du voyage Marcus glisse peu à peu dans l’éblouissement face à la nature, le plaisir des découvertes et des rencontres. Un texte magnifique et des illustrations sublimes aux allures de tableaux colorés qui donnent envie de partir en Amazonie illico.

Te souviens-tu de Wei  ?

De Gwenaëlle Abolivier, illustrations de Zaü, Ed. Hongfei. Cycle 3

En 1916, Wei débarque dans une Europe à feu et à sang, comme 140 000 jeunes Chinois. Ses 20 ans et ses rêves sont plongés dans une guerre qui n’est pas la sienne. Ce texte a la beauté d’un poème et les encres de Zaü retracent le parcours de « cet homme arrivé un matin de printemps vêtu d’un habit bleu de nuit et les cheveux noir de jais ». Un livre pour retrouver la mémoire oubliée de ces recrues du bout du monde, travailleurs de force dans l’enfer de la grande Guerre. Deux pages documentaires en fin d’album.