Défi techno à Paris
Des hauts et débats pour les maternelles
16 juin 2014

Le « Défi techno » à Paris : développer la pédagogie de projet en technologie

Depuis 10 ans, la circonscription de Paris 20C propose un « Défi techno » à l’ensemble des écoles. Une initiative qui permet aux classes d’entrer dans une pédagogie de projet aux contours pluridisciplinaires tout en produisant des objets technologiques dans un esprit de saine émulation. Zoom sur les maternelles.

C’est dans l’école « 18 rue du Clos » du 20e arrondissement de Paris que se pressent ce jour-là les classes participant au « Défi techno », un projet innovant conçu par Jean-Luc Laurent, professeur de technologie à l’IUFM de Paris, initié il y a maintenant 10 ans par la circonscription. Cette année, les classes de cycle 1 doivent concevoir et construire un dispositif qui permet de prendre un objet de 25 à 50 g et de le déposer à 40 centimètres de hauteur. Devant le jury, les élèves de l’école « Grands Champs » explicitent leur démarche, leurs choix, leurs échecs et les problèmes rencontrés : « On voulait construire un robot mais on n’avait pas d’électricité », « l’objet était trop lourd pour un avion en papier »... Et puis, par tâtonnement et expérience, les élèves ont fini par opter pour le principe de la canne à pêche, munie d’un moulinet, d’un fil et d’un hameçon. Pour Michel Cayzac, le directeur de l’école, « tout vient des élèves eux-mêmes. L’objectif n’est pas de gagner, mais de réussir le défi  ».

Devant un jury, les élèves testent leurs dispositifs pour soulever et déplacer un objet

Le jury, composé d’élèves d’autres classes, évalue la réussite du défi en regard de la consigne, « un véritable cahier des charges comme dans le travail d’ingénieur  » soulignent Nicole Matulik et Yveline Ferret, les conseillères pédagogiques de la circonscription. Après avoir fait le tour des questions posées par la salle, le jury mesure distances et masses et vérifie la tenue d’un journal de bord, autant d’éléments qui ont conféré au défi sa dimension pluri-disciplinaire, comme le précise Cédric Pionnier de l’école « Reisz ». Ce matin, il arrive avec des élèves de GS et de PS « parce que nous avons travaillé à deux classes sur le projet et que nous avons trouvé deux dispositifs différents » explique-t-il. Le lendemain, sa collègue viendra avec un autre groupe de PS-GS pour présenter l’autre dispositif. Dans cette école située en éducation prioritaire, le travail à deux classes a favorisé le tutorat et changé les rapports entre élèves d’âge différent « en démytifiant les grands et en valorisant les petits » souligne Cédric.

Prendre la parole et débattre

Devant le jury, ses élèves se succèdent en petits groupes, « de manière à ce que tous prennent la parole ». Car parmi les objectifs des défis, le langage a pris une place particulière en maternelle . « Nous avons passé beaucoup de temps à décrypter la consigne qui aborde des notions et du vocabulaire complexes » précise l’enseignant. Les élèves explicitent ainsi chaque étape de leur démarche : lire et comprendre la consigne, apprendre à mesurer son poids, sa taille, lire des livres documentaires « pour trouver des idées », dessiner des dispositifs, lister le matériel nécessaire pour enfin les construire et les tester. À l’aide d’une canne portée par deux élèves et munie d’une poulie, sur le principe d’un portique de chantier, les élèves passent ensuite à la démonstration, concluante pour le jury qui invite la salle à les applaudir. Défi réussi aussi pour les élèves des deux GS de l’école « Champagne  ». À l’aide d’un jeu de construction ils ont reproduit en miniature la grue observée sur un chantier rue des Pyrénées. Pour leur enseignante, Françoise Garnier, qui participe au « Défi » depuis plusieurs années, « les enfants entrent dans une véritable démarche scientifique, avec hypothèses, expériences, et de véritables controverses qui alimentent les débats et développent les compétences langagières ». Selon ses concepteurs, l’objectif du « Défi » est d’offrir la possibilité de modifier ses pratiques afin que les instrumentaux (langage, mesure, numération, lecture, rapport à l’écrit...) soient au service d’une pédagogie du projet. « Parce que les élèves en ont besoin pour réaliser le défi, les apprentissages prennent du sens » concluent-ils.


3 questions à Catherine Ledrapier, docteure en sciences de l’éducation

Catherine Ledrapier est docteure en sciences de l’éducation. Ancienne formatrice IUFM en sciences et technologie à l’IUFM de Besançon et chercheuse à l’ENSCachan, ses travaux portent sur les enjeux et les possibilités d’une éducation scientifique à l’école maternelle.

« Développer l’esprit de la découverte »

Quel est l’enjeu d’une éducation scientifique à l’école maternelle ?

Faire découvrir de nouveaux phénomènes physiques suppose de développer l’esprit de la découverte. Dès le plus jeune âge il est possible de susciter le vrai étonnement. C’est le moteur des sciences depuis Platon. L’école maternelle devrait être le lieu où chaque enfant a la possibilité de manipuler des objets comme des miroirs, des aimants, de petits objets électriques... et surtout d’aller au-delà de la seule manipulation. Choses que tous ne font pas à la maison. Seule l’école peut leur apporter ça. L’enjeu est donc double : favoriser l’accessibilité à la science pour tous et former des citoyens plus rationnels qui puissent entrer plus facilement dans les sciences au cours de leur scolarité.

Comment définir une éducation scientifique ?

Ce qui est ensuite au coeur de la formation de l’esprit scientifique, c’est la problématisation et la modélisation. Il ne s’agit pas seulement de résoudre les problèmes posés ni de poser des questions. Savoir si un objet flotte ou coule par exemple ne présente pas d’intérêt scientifique en soi. Le problème scientifique est « pourquoi ça flotte ? ». Ce problème est trop dur à résoudre en maternelle, mais en essayant de faire flotter un objet qui « ne peut que couler » on résout un problème. L’important c’est que les élèves arrivent non seulement à résoudre ces problèmes mais aussi à les construire. Modéliser un phénomène en maternelle c’est élaborer un système explicatif, puis prévoir, et enfin savoir changer d’avis si l’observé ne correspond pas aux attentes.

Le langage occupe une place importante ?

Aux activités pratiques, il est indispensable d’associer des activités langagières pour finaliser la conceptualisation. Mais il ne s’agit pas que de vocabulaire ou d’une simple « mise en mots ». Il existe deux types d’activités langagières. Les activités de recherche, au cours desquelles les enfants vont beaucoup et spontanément échanger entre eux. Elles permettent grâce au « vécu ensemble » de faire des découvertes, de commencer à établir des relations. Ensuite, l’enseignant va aider les enfants à prendre la parole, lors d’échanges langagiers structurés, à se positionner sur un phénomène qui relève des sciences : être d’accord, pas d’accord et donner ses arguments. Ces allers et retours entre activités empiriques et langagières permettent la conceptualisation.

Ressources :

Organiser un coin sciences L’académie de Versailles s’est appuyée sur des documents et des pratiques de classe pour proposer aux enseignants de maternelle une réflexion et des ressources pour organiser un coin sciences dans la classe. Découvrir et manipuler, s’interroger, fabriquer des objets librement ou avec une fiche de construction, développer la coopération et le langage, observer les différentes manifestations de la vie... Autant d’étapes de découverte, libres ou dirigées, qui permettront de passer à l’expérimentation.

Bibliographie sélective Le site de la circonscription de St-Marcelin en Isère propose une bibliographie sélective d’ouvrages pédagogiques et didactiques pour aborder le programme de sciences à l’école maternelle. En outre, il recense des ouvrages documentaires mais aussi des albums sur lesquels s’appuyer. Cette bibliographie est classée par thème : le corps, l’arbre, les animaux, la mare... et permet de travailler sur ces supports dès la petite section.