Dossier : "Innovation : des essais pour transformer"
« De multiples définitions »
9 septembre 2013
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Françoise Cros est professeur émérite au centre de recherche sur la formation des adultes du CNAM et spécialiste de l’innovation en éducation et en formation. Elle a publié entre autres : « L’agir innovationnel, entre créativité et formation » (De Boeck, 2007)

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- Il y a quelques années, vous aviez donné une définition assez consensuelle de l’innovation en éducation…

  • J’avais en effet pointé 5 composants incontournables, le nouveau, le non objet, le contexte, le processus et les valeurs. Le nouveau bien sûr, mais tout a été tenté en éducation, il n’y a donc pas de nouveau en soi, indépendamment du contexte. Ensuite, le non objet car un enseignant peut s’adjoindre tous les objets dernier cri du monde, s’il ne change pas sa pédagogie, ses relations aux élèves, alors l’innovation n’est pas présente. Les valeurs car l’innovation émerge de l’enseignant, sinon nous sommes dans la rénovation ou la réforme, et elle est basée sur la conviction de mieux faire. Enfin, l’innovation est toujours une prise de risque pour celui qui la conduit : même si on a une idée des raisons pour lesquelles on la met en œuvre, on ne sait pas bien à quoi elle va aboutir. L’innovation n’est donc pas une programmation, une procédure, ni une planification : c’est un processus. Mais ces 5 composants peuvent se décliner de différentes manières et donner de multiples définitions de l’innovation d’autant plus qu’on lui prête plusieurs usages. L’institution se sert de l’innovation pour piloter le système éducatif en la dirigeant vers la réforme. Les associations elles, désirent valoriser des pratiques originales susceptibles d’être connues et discutées sous l’angle éducatif. Et on lui prête aussi d’autres fonctions comme celles de résoudre un problème, de s’adapter aux changements sociétaux ou de rester un espace de liberté.

- Les nouvelles technologies comme les TIC ne sont donc pas centrales ?

  • Ce n’est pas l’objet en lui-même qui fait l’innovation, mais il peut y contribuer en occasionnant des pratiques pédagogiques différentes. Il ne faut toutefois pas confondre l’innovation à l’école avec l’innovation technique ou technologique qui est liée au progrès des machines. À l’école on se rapproche plus des innovations sociales dans la mesure où c’est dans la manière de conduire les actions que se niche l’innovation. Elle se produit quand la pédagogie habituelle (celle où le maître fait cours et où les élèves écoutent et font des exercices) n’a plus aucun impact sur les élèves, ou parfois à l’occasion de changements autoritaires.

- Le lien entre innovation et réussite scolaire est-il évident ?

  • Si on évalue les innovations avec des instruments de mesure traditionnels et inadaptés, on court le risque de conclure que l’innovation n’est pas efficace voire néfaste parce qu’elle exige du temps et de l’énergie. Pour évaluer l’innovation à l’école, il faut aussi innover dans les outils d’évaluation. Autrement dit, de quelle réussite éducative parle-t-on ? Si c’est le résultat aux tests préconstruits, l’innovation est inutile ; si on parle de l’énergie, de la dynamique d’implication des acteurs et de leur plaisir à être à l’école, alors on peut aboutir à des résultats positifs. Finalement la réussite scolaire passe par le désir d’apprendre, le plaisir à découvrir de nouveaux savoirs et à vouloir aller plus loin dans la connaissance.

- Quel type d’échanges pour favoriser l’innovation ?

  • À un niveau minimal, on pourrait dire que tout enseignant innove de façon incrémentale* et c’est dans la hardiesse et dans la transgression de « ce qui doit se faire » que l’enseignant devient un innovateur. Il est porté par la conviction que cette innovation est bénéfique pour les apprentissages des élèves et il a envie de le communiquer. Mais il faut un espace régulateur à toutes ces foisonnantes innovations car toutes ne sont pas bonnes. Un enseignant qui restaurerait le châtiment corporel serait innovateur mais il serait mal accepté par la communauté ! Pour favoriser l’innovation, il faut donc des échanges entre enseignants et entre enseignants et supérieurs hiérarchiques pour en discuter, en analyser les fondements et l’intérêt, quitte à prendre temporairement des risques. Il faut aussi que la recherche soit sollicitée sans être instrumentalisée. La diffusion des bonnes pratiques est impossible mais la diffusion des idées et des dynamiques professionnelles semble possible à réaliser.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Le SNUipp-FSU, syndicat de la transformation de l’école
- Innover : L’impossible définition ?
- EN BREF
- Projet maternelle : Nanterre au cœur de la mêlée
- S’adapter en équipe : Changement de cadre
- « De multiples définitions »