Contribution programmes
De la "gym" au programme
7 octobre 2013

Antoine Thepaut, maître de conférences STAPS, à l’université d’Artois, revient sur l’histoire de l’EPS à l’école, identifiant en creux les points d’attention pour la formulation de nouveaux programmes.

L’écriture des Instructions Officielles de 2008, se caractérise essentiellement par la recherche d’une mise en conformité avec un cadre prédéfini par la mise en œuvre d’une approche par compétences. Elle a alors cherché à donner une cohérence à une multitude d’activités/objectifs relevant davantage de l’exercice théorique débouchant au final sur un grand formalisme. Elles restent peu sensibles aux conditions de mise en œuvre de la discipline, et sont en ce sens peu utiles aux enseignants. Trois niveaux peuvent être distingués et donner lieu à des pistes pour une reformulation.

Au niveau de la programmation

l’EPS à l’école primaire, toujours un peu le parent pauvre en terme d’horaire d’enseignement effectif, parce que soumise aux conditions matérielles, aux installations sportives et aux aléas climatiques. Cela donnait lieu, depuis les années 1970 - 1980, à un enseignement épisodique, éclaté et sans réelle continuité. Les textes de 2002, dans la poursuite de réflexions impulsées par le ministère durant la décennie précédente et marquées par de multiples productions (Bulletins départementaux, productions académiques, Revue EPS1 ...) tentaient de ce point de vue de donner quelques éléments précis de programmation. Ils visaient à dépasser les limites d’un enseignement émietté et d’engager des pratiques d’enseignement fondées sur une recherche de continuité dans les apprentissages. Ces indications ont depuis disparu, semblant abandonner les projets d’une politique ambitieuse et volontariste de développement de la discipline. Il serait souhaitable que de telles indications puisent de nouveau être précisés.

Au niveau des mises en œuvre pédagogiques

La discipline EPS a été l’objet de profondes mutations depuis sa réintégration au sein du ministère de l’Éducation nationale. Des mises en œuvre originales et novatrices ont été proposées, surtout sous l’impulsion de la cellule EPS de l’INRP. Depuis les années 1990 un profond mouvement de rénovation des contenus d’enseignement a marqué la discipline, essentiellement au niveau des collèges et lycées (modification des épreuves au baccalauréat ...). Ce mouvement a eu pour l’instant peu de retentissement au niveau de l’école primaire. En effet, l’enseignement reste écartelé entre un enseignement fondé sur la seule transmission de valeurs et d’objectifs éducatifs généraux, sans réelle consistance en terme de contenu d’enseignement et un enseignement centré sur la transmission de techniques sportives totalement décontextualisées, fastidieuses à apprendre et au final sans effet réel sur la transformation des pratiques motrices des élèves. Cette seconde modalité est le plus souvent la caractéristique de l’enseignement conduit par les éducateurs sportifs qui ont rarement, il faut le reconnaître, connaissance des Instructions Officielles et programmes régissant l’EPS en tant que discipline scolaire (cf. 3° point). Dépasser ces modalités pourrait consister en une formulation qui n’en reste pas à la simple énumération de pratiques physiques mais en préciserait des modalités de mise en œuvre (qu’est ce que signifie construire un projet d’action de performance athlétique ou aquatique, qu’est-ce que, et à quelles conditions, stabiliser une réponse en course d’orientation, quelles mises en œuvre pour agir sur et transformer des stratégies d’équipe en jeux sportifs collectifs ...)

Au niveau des modalités de partenariats

Si l’EPS apparaît bien comme une discipline pouvant nécessiter un personnel supplémentaire afin d’aider les professeurs d’école dans leur mission (mise en place d’un matériel conséquent, assurer un enseignement dans des conditions de sécurité satisfaisantes …), on ne peut se contenter d’affirmer comme le fait le ministère (site éducation.gouv.fr, le sport à l’école) que l’enseignement de la discipline est de la responsabilité du professeur d’école et continuer de fermer les yeux sur les pratiques de substitution. Dans les cas de partenariat PE / éducateur sportif, l’enseignement est souvent conduit par l’éducateur qui se considère comme spécialiste de la discipline, reléguant le PE à un rôle subalterne. Aussi les Instructions Officielles devraient préciser ces modalités de partenariat, des propositions originales existent. (voir à ce sujet l’étude fort intéressante Amans-Passaga Christine (à paraître, décembre 2013), Analyse didactique de situation de partenariats Professeur/intervenant en EPS à l’école Primaire ; Recherche en Didactique, Presses Universitaires du Septentrion.

Au cycle 1
L’identification d’un domaine d’activités et la formulation «  ils verbalisent et représentent ces déplacement » conduit souvent à des confusions entre activité motrice support d’une activité de conceptualisation ou activité langagière et l’activité physique à des fins de développement moteur. Il n’est pas rare alors de voir apparaître des séances sans réelles difficultés au plan moteur qui servent surtout et avant tout un travail sur le langage oral.

Cycles 2 et 3
Il serait temps de sortir de l’opposition sclérosante entre les sports et les jeux traditionnels. Les PE se trouvant alors souvent démunis lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre et d’enseigner ce qu’ils se représentent comme affaire de spécialiste (Le handball, je ne connais pas les règles...). Le terme de jeux sportifs collectifs ouvrirait à une conception plus ouverte, plus dynamique, moins figée des activités supports. Il s’agit bien de concevoir une activité adaptée aux élèves, susceptible d’évolutions réglementaires compte tenu de leurs progrès.