La littérature sur la question du travail montre à quel point le sujet est d’actualité. Deux livres récents*, deux approches qui appellent au débat. De quoi la souffrance au travail est-elle le symptôme ? Si l’on en croit Dominique Méda, philosophe et sociologue, le mal viendrait bien du travail lui-même. En France, plus que partout ailleurs en Europe, écrit-elle, le travail est jugé « très important » dans la vie des personnes (70 % ici contre 40 % au Danemark ou en Angleterre).
De même les Français plébiscitent plus que les autres la dimension expressive du travail en matière de réalisation de soi et d’expression de soi. Pour autant, les Français souhaitent le voir occuper moins de place dans leur vie et se disent les moins satisfaits par rapport à leur activité professionnelle. Un paradoxe qui pour l’auteur, apparaît comme l’expression d’une frustration due aux mauvaises relations sociales à l’intérieur de l’entreprise, ou aux mauvaises conditions de travail et d’emploi. Une situation qu’elle explique aussi par la mauvaise articulation entre les différentes sphères de vie car 44 % des travailleurs français disent s’inquiéter « souvent » ou « toujours » de problèmes professionnels en dehors du travail contre 25 % des Européens. Dominique Méda en appelle donc à une délibération collective et profonde pour changer le travail.
À l’échelle du métier, Yves Clot, psychologue du travail part, lui, du constat que si malaise il y a, c’est parce que la qualité du travail est empêchée. Or la question du « bien faire » est pour lui un rempart contre le stress. Pour se réapproprier cette question, il fait lui aussi appel au collectif mais comme espace de « dispute professionnelle » car, écrit-il, « la meilleure façon de défendre un métier, c’est encore de s’y attaquer en cultivant les affects, les techniques et les émotions qui le gardent vivant ». Il appelle à des débats d’école exigeants sur la qualité du travail. Il n’y aurait donc pas de vertu thaumaturgique à travailler en équipe, mais une vertu à débattre des manières différentes de faire la même chose, de mettre à jour les différends professionnels, d’identifier les impensés… Un collectif qui prendrait sa source dans une vitalité « délibérée ».
* Dominique Méda, « Travail : la révolution nécessaire », éditions de l’Aube, 2010 Yves Clot, « Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux », éditions la découverte, 2010