Contribution programmes
Culture commune : Denis Paget
22 septembre 2013

Denis Paget, enseignant chargé de recherche à l’institut de recherche de la FSU, esquisse la définition d’une culture commune qui pourrait irriguer la conception de nouveaux programmes.

Quelle conception de la culture commune porte la FSU ?

La culture scolaire doit d’abord être une vraie culture et pas seulement une addition de compétences ; c’est-à-dire qu’elle doit fortement structurer une conception de l’homme et du monde permettant au groupe humain que nous constituons de se reconnaître dans des valeurs, des pratiques culturelles, des questionnements et des œuvres représentatives de ce que nous sommes et des héritages qui nous traversent. La culture commune doit être profondément anthropologique et fournir un système cohérent d’interprétation du monde. Une telle ambition, appliquée à la totalité d’une génération, est un projet absolument inédit. En effet, pour le réaliser, il faut affronter des contradictions et des problèmes que notre système éducatif a régulièrement esquivés : soit en réservant ce projet à une élite plus ou moins élargie – il suffit alors de s’en tenir aux traditions académiques- , soit en renonçant devant la difficulté et l’investissement nécessaire, en en présentant des versions dégradées dont l’actuel socle me semble le dernier avatar.

Quelles sont les difficultés qu’il faut surmonter ?

D’abord celles de l’hétérogénéité culturelle qui s’est amplifiée et qui est une caractéristique majeure des sociétés contemporaines. Ensuite celles de l’évolution considérable des pratiques culturelles qui oblige l’Ecole à s’adapter à de nouveaux langages, de nouvelles références sans pour autant renoncer à transmettre le meilleur des traditions et des patrimoines. Enfin, l’obligation de faire des choix de contenus dans un paysage de la connaissance proliférant où les frontières mêmes des champs du savoir deviennent de plus en plus perméables. Ces choix doivent concilier la valeur inégalement formatrice des savoirs, le souci des cultures particulières et des vérités universelles.

Comment la culture commune peut-elle irriguer les programmes ?

Il est primordial que la construction du curriculum de l’élève à tous les niveaux puisse obéir à trois principes : le premier, c’est que l’équilibre de la culture générale ne soit pas écrasée par une hiérarchie à l’inverse des disciplines scolaires qui finit par donner une image inversée des pratiques sociales, culturelles et même professionnelles des savoirs ; le deuxième, repose sur la nécessité d’une culture médiatisée qui ne soit pas la transposition des modes de pensée et d’apprentissage des enfants les plus favorisés ; la troisième, c’est le besoin impérieux d’une mise à jour des contenus au cœur même des comportements culturels contemporains qui favorise le développement de la fonction symbolique.

Deux conditions essentielles enfin : n’avoir qu’une seule prescription et réduire grandement la pression précoce de l’évaluation.